Un e-catalogue des sceaux alsaciens

Publié dans le panorama le Dimanche 28 juillet 2019 à 06:16:59

© Dna, Dimanche le 28 Juillet 2019 
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Histoire 
Un e-catalogue des sceaux alsaciens
Deux universitaires strasbourgeois commencent la constitution d'une base de données sigillographiques dans l'ambition, notamment, d'étudier la façon dont les Alsaciens se sont représentés à partir du Moyen Âge. Ils invitent toutes les personnes intéressées à participer à leur démarche. 
 

 
Deux universitaires strasbourgeois, dont ici Thomas Brunner, lancent la constitution d'un catalogue numérique des sceaux alsaciens. 
Aucune recension exhaustive n'a jamais été effectuée jusque-là mais, selon leurs estimations, « plusieurs milliers de sceaux » datant du Moyen Âge jusqu'au XIXe siècle dorment dans des tiroirs en Alsace. Action, réaction. Olivier Richard et Thomas Brunner, respectivement professeur et maître de conférences en histoire médiévale à l'Université de Strasbourg, viennent de débuter leur catalogage sur Sigilla, une base numérique gratuite dédiée à ce type de cachets. « L'Alsace est une région pionnière car aucune autre, ni d'ailleurs aucun département, n'a encore mené une numérisation systématique de ses fonds », souligne Thomas Brunner en précisant avoir pour ambition de voir cette démarche baptisée « Sigi-Al » s'achever « à l'horizon 2025 ».

En bref, chaque sceau identifié va faire l'objet d'une notice comprenant, entre autres, l'identité de son sigillant (comprendre l'institution ou la personne qui l'a fait graver), sa période d'utilisation, sa forme, sa taille ainsi que les archives dans lesquelles son empreinte est conservée. Sa description, sa légende et sa photo vont encore compléter sa fiche.
« Une dimensionde préservationdu patrimoine »

« Lorsque c'est encore le cas, nous allons aussi photographier l'acte auquel le sceau est rattaché, indique Thomas Brunner. Malheureusement, beaucoup d'empreintes de sceaux ont été coupées du document qu'elles scellaient et, ce, surtout au XIXe  siècle par des collectionneurs. » Même si ce n'est pas le but premier de l'opération, la publication de ces textes est un bonus. Et pour cause ! « Cela va rendre accessible des actes qui ne le sont pas d'habitude en raison de leur fragilité ou du fait d'être conservés dans les archives de petites communes peu ouvertes au public », pointe Olivier Richard.

Généralement en cire - et parfois en plomb -, les empreintes des sceaux sont, elles-mêmes, très fragiles et exigent une manipulation des plus méticuleuses. « Leur numérisation comprend ainsi une dimension de préservation du patrimoine », se félicite Olivier Richard en insistant, par ailleurs, sur « la valorisation et la mise à disposition » de ce fonds documentaire dans une optique de recherche. « Après avoir été utilisés essentiellement par des évêques, des princes et des villes, les sceaux l'ont été par tous à partir du XIIIe  siècle et du développement de l'écrit. Ils servaient alors au quotidien à sceller un acte ou un contrat, mais également à se représenter », relève Thomas Brunner. « Au regard de ces autoreprésentations, nous allons pouvoir étudier la façon dont les Alsaciens se percevaient et voulaient s'afficher par rapport à l'extérieur. » Dans les spécificités régionales, par exemple, les villes alsaciennes ont souvent recouru à des symboles religieux à l'instar de grandes cités d'outre-Rhin comme Worms, mais contrairement à celles situées de l'autre côté des Vosges.

Précision : si « Sigi-Al » a pour objet de retracer « le paysage sigillaire de l'Alsace urbaine », il va plus globalement porter sur les sceaux de l'espace rhénan supérieur.
Un appel aux volontaires

En raison de son ampleur, Olivier Richard et Thomas Brunner ont décidé de faire de leur démarche « un projet de science participative à l'échelle de l'Alsace ». Des collègues universitaires, des « modernistes » notamment, ont déjà manifesté leur intention d'y collaborer, tout comme des enseignants du secondaire et des membres de sociétés locales d'histoire et d'archéologie.

« Nous lançons un appel aux volontaires le plus large possible, explique Thomas Brunner. Toutes les personnes motivées, même si elles n'ont aucun lien professionnel ou associatif avec l'histoire, sont les bienvenues. Aucune compétence spécifique n'est requise et nous nous chargerons de former chacune d'entre elles avant de débuter les travaux. »

Les tâches dévolues aux bénévoles seront établies en fonction de la disponibilité de chacun. Elles vont, par exemple, consister en la prise de clichés numériques de sceaux et/ou de leur mise en ligne. Une analyse des documents et sa publication sont également possibles.

Afin d'éviter tout déplacement intempestif, des groupes de volontaires vont être constitués autour de dépôts d'archives situés près de chez eux, par exemple, à Strasbourg, Mulhouse et Sélestat.
Les personnes intéressées sont invitées à envoyer un courriel à thomas.brunner@unistra.fr et/ou à olivier.richard@unistra.fr. Philippe WENDLING

Les personnes intéressées sont invitées à envoyer un courriel à thomas.brunner@unistra.fr et/ou à olivier.richard@unistra.fr.