La défense européenne, enjeu majeur

Publié dans le panorama le Dimanche 28 juillet 2019 à 06:13:16

© Dna, Dimanche le 28 Juillet 2019 
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armee  Rapport sénatorial 
La défense européenne, enjeu majeur
Dans un rapport sur la défense européenne présenté (*) devant la commission sénatoriale des Affaires étrangères, les rapporteurs, Hélène Conway-Mouret et Ronan Le Gleut plaident pour une Europe qui puisse gagner en autonomie stratégique. L'armée européenne, intégrée, reste pour eux une vision à long terme, aujourd'hui utopique. 
 

 
La Brigade franco-allemande lors d'un exercice en Allemagne du bataillon de commandement et de soutien de M
La défense de l'Europe ne pourrait se passer encore aujourd'hui de l'OTAN et donc des Etats-Unis...

Hélène Conway-Mouret : « Si le continent européen était attaqué par une super puissance, nous aurions seuls beaucoup de difficultés à nous défendre. De fait, la défense de l'Europe se repose sur les armées française et britannique. Les autres pays n'ont pas investi car, pour beaucoup, l'OTAN reste le bouclier protecteur. Dans les pays de l'est, on ne comprend pas la position française. Pourtant, on a bien indiqué à nos interlocuteurs [lors de la présentation du rapport devant la commission sénatoriale des Affaires étrangères en juillet NDLR] que la France n'était pas dans une logique d'émancipation voire d'indépendance vis-à-vis des Etats-Unis pour assurer la sécurité du continent ! Parler d'autonomie stratégique, c'est avoir la capacité d'analyser où sont les menaces, les prendre en compte et s'organiser seuls ou avec l'OTAN afin de les contrer.
Les objectifs des Européens, en matière de défense, restent divergents...

Les pays de l'est regardent plus à l'est et estiment que leur principale menace est la Russie. Nous, nous considérons que la menace vient du sud, c'est le terrorisme. Cependant, il y a une évolution. Les Estoniens par exemple ont envoyé des soldats au Mali. On voit qu'il y a un changement d'attitude mais on part de loin avec des pays qui sont indépendants depuis la chute du Mur et n'ont pas une grande maturité politique. Nos partenaires européens estiment que lorsque la France parle de défense européenne, elle pense en réalité à ses opérations extérieures. Et ils ne veulent pas être entraînés sur ces terrains dangereux.
Il y a des mesures concrètes qui montrent que la défense européenne est en marche comme la création du Fonds européen de défense (FED) doté de 13 milliards d'euros. Vous souhaitez que ces crédits soient réservés à des projets d'excellence...

Il y a deux façons de dépenser ces 13 milliards. Soit on saupoudre, on en donne un peu à tout le monde ; soit on se dit que l'on a envie d'avoir une base industrielle et technologique de défense qui soit européenne et donc on aide quelques leaders -pas forcément français !- qui mènent des projets importants. Je plaide pour la seconde solution. Ces projets doivent, a minima, être menés par trois pays et surtout, les groupes leaders seront obligés de travailler avec des PME d'autres pays. Il s'agit de projet concernant le cyber par exemple. C'est une façon pour nos groupes leaders de pouvoir faire face aux Américains et aux Chinois.
La France et l'Allemagne mènent de front deux projets importants : l'avion et le char du futur. C'est une collaboration qui rencontre quelques difficultés.

C'est un mariage de raison. Les Français ont les compétences et les Allemands, les financements. Selon moi, il y a une incompréhension majeure : les Allemands ont une vision purement industrielle de la défense et nous, nous avons une approche sécuritaire. C'est une position irréconciliable. L'exécutif français avait besoin de démontrer que le couple franco-allemand marchait formidablement. Mais derrière cet affichage politique, il y a une volonté française beaucoup plus forte qu'allemande. C'est ce que j'ai ressenti.
Que préconisez-vous pour faire avancer cette défense européenne ?

Le Haut Représentant mériterait d'avoir un adjoint qui s'occupe spécifiquement des questions de défense. Il faut protéger le FED qui sera voté à l'automne par le Parlement et le réserver à des projets d'excellence. Il faudrait enfin accentuer les formations communes entre militaires européens en développant par exemple les exercices interarmées. Que les militaires soient formés ensemble, se comprennent. Tendre vers des règles d'engagement communes. Les militaires plaident pour cela plus que pour avoir des armements identiques.
Propos recueillis parNicolas ROQUEJEOFFRE