Pourquoi Trump brandit l'arme du vin contre la France

Publié dans le panorama le Dimanche 28 juillet 2019 à 06:10:29

© Dna, Dimanche le 28 Juillet 2019 
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Commerce Polémique 
Pourquoi Trump brandit l'arme du vin contre la France
La menace de Donald Trump est à prendre au sérieux, les Etats-Unis étant le premier marché en valeur des vins français à l'étranger. Et une solution française sur la taxe numérique ne suffira peut-être pas... 
 

 
Donald Trump préfère pourtant le Coca light...
Donald Trump a lancé son attaque sur Twitter, comme d'habitude : « La France vient d'imposer une taxe du numérique à nos grandes entreprises technologiques américaines, a expliqué le président américain. Nous annoncerons bientôt une action réciproque substantielle après la stupidité de Macron. J'ai toujours dit que le vin américain était meilleur que le vin français ! »
Un buveur de Coca

Donald Trump est un amateur de Coca-Cola light. Il ne boit pas de vin... mais il en produit avec la Trump Winery. Située en Virginie, elle est aujourd'hui dirigée par son fils Eric, qui prétend bien sûr faire « les meilleurs vins du monde »... Pour les amateurs, une bouteille de Taste of Trump (blanc, blanc de blanc ou rouge), vaut 84$, ou environ 75EUR.

Ce n'est pas la première fois que Donald Trump brandit l'arme du vin contre la France. En novembre, il l'accusait « de rendre très difficile pour les États-Unis de vendre ses vins ». Les chiffres prouvent le contraire : les importations en France de vins américains ont représenté l'année dernière 2 % du total en volume, mais 10 % en valeur, en hausse de 30 %.

Les droits de douane sont équivalents dans les deux sens. Un peu plus élevés pour le vrac côté américain, et pour le détail côté européen. Mais les États-Unis ajoutent un obstacle, une « barrière non tarifaire » : l'obligation de passer par un distributeur américain, ce qui renchérit les vins étrangers.
Une menace sérieuse

Les viticulteurs français ont raison de prendre la menace au sérieux. Les États-Unis représentaient l'année dernière 12 % du total de leurs exportations en volume, et surtout 18 % en valeur. En clair, les Américains boivent cher. Ils sont ainsi le premier marché étranger pour les vins français, trois fois plus important par exemple que le Japon.

Les États-Unis ne sont pas seuls à prendre le vin en otage. La Russie, qui n'en produit pas (ou si peu), s'en est fait une spécialité avec deux pays : la Géorgie et la Moldavie, tous deux totalement dépendants du marché russe. On trouve toujours du vin géorgien à Moscou, mais son prix varie selon le niveau de tension entre les deux pays...
Vin français, voiture allemande

Les Américains tapent où ça fait mal. Contre l'Allemagne, Donald Trump a lancé le même type d'attaque, ciblant cette fois les importations d'automobiles. Vin français et automobile allemande sont d'ailleurs impliqués ensemble dans les négociations sur un accord de libre-échange entre l'Union européenne et les États-Unis. Donald Trump a d'abord menacé d'augmenter les droits de douane sur les voitures allemandes afin de forcer l'ouverture des discussions, finalement arrachée il y a un an. Il s'en prend maintenant au vin français pour contraindre l'Union à inclure l'agriculture dans cet accord, ce que refuse absolument la France. C'est dire qu'un apaisement sur la taxe numérique ne signifierait pas la fin des soucis pour les exportateurs français de vin aux États-Unis.
Francis BROCHET