Une nouvelle vie s'organise

Publié dans le panorama le Dimanche 28 juillet 2019 à 06:04:13

© Dna, Dimanche le 28 Juillet 2019 
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Il y a 80 ans, l'évacuation  Série d'été (4/8) 
Une nouvelle vie s'organise
Voici le quatrième épisode de notre série « évacuation ». Au terme de plusieurs jours, les évacués découvrent la région d'accueil, le Sud-Ouest. Les premiers contacts sont difficiles, du fait du dialecte alsacien que les accueillants ne pouvaient pas distinguer de la langue allemande. 
 

 
Les Sierentzois replis à Saint-Paul-les Dax en 1939-1940 : plus faciles pour les jeunes Sundgauviens de s'y intégrer.
À la demande de Camille Chautemps, vice-président du conseil, chargé des affaires d'Alsace Lorraine, le préfet du Lot-et-Garonne intervient dès le 6 septembre : « Les premiers réfugiés de l'Est arrivés en gare d'Agen sont originaires de Huningue (arrondissement de Mulhouse), ils parlent pour la plupart un dialecte alsacien qui pourrait les faire confondre fâcheusement avec les Allemands, nos ennemis. Les populations appelées à leur donner asile doivent être avisées qu'aucune confusion n'est possible à cet égard, et qu'il convient de les accueillir avec toute la générosité que comporte leur situation douloureuse, sans tenir compte de la langue, dont ils n'ont pas encore abandonné totalement l'usage. »
«De l'incompréhension au départ»

La méfiance a parfois engendré l'hostilité. Ainsi, Henri Gruntz (Bourgfelden), alors adolescent, abondait en ce sens : « Là-bas, on nous considérait un peu comme des étrangers puisqu'on ne se comprenait pas. Combien de fois on a entendu "Qu'on leur donne l'Alsace-Lorraine et qu'ils nous foutent la paix !" Il y avait au début une incompréhension. Ils n'avaient pas l'habitude. Ils ne connaissaient pas ces gens et leur langue. »

Et de poursuivre : « Au départ, tout le monde pleurait. J'ai souvent dit : "Je ne sais si nous, Alsaciens, on aurait fait pour eux ce qu'ils ont fait pour nous !" »

Les autorités préfectorales semblent dépassées à l'heure des premiers trains alsaciens en gares du Sud-Ouest.

Quand il se rend à la préfecture des Landes, l'abbé Jean-Baptiste Meyer, curé de Hésingue, est interpellé par le vide administratif : « A la préfecture, on est en train de mettre sur pied un service officiel pour les Alsaciens du département des Landes. Personne ne peut me donner un renseignement, un conseil. On n'y trouve aucun spécialiste de la question, même pas un bureau installé dans le bâtiment prévu. Les fonctionnaires mandatés sont heureux de rencontrer des évacués, d'échanger avec eux des idées et des expériences. Les fonctionnaires que j'ai rencontrés dès la première heure et avec lesquels j'ai travaillé jusqu'à la fin ont beaucoup de bonne volonté mais on sent que leurs efforts ne sont ni dirigés, ni canalisés. »

Joseph Muller, anc0ien maire d'Uffheim, notait en 1984 : « Au départ, il est vrai que l'adaptation au nouveau cadre de vie était difficile pour les personnes d'un certain âge, tandis que les jeunes s'y mettaient rapidement. »
Paul-Bernard MUNCH