Le long du Rhin, l'université européenne a fait un premier pas

Publié dans le panorama le Vendredi 26 juillet 2019 à 06:14:12

© L'alsace, Vendredi le 26 Juillet 2019
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Le long du Rhin, l'université européenne a fait un premier pas
 

 
Le lundi matin, Marion Arnoux, 19 ans, prenait l'année dernière le train pour aller à Fribourg suivre un cours d'immunologie. À 13 h, elle était de retour à Strasbourg pour ses cours de licence franco-allemande de biologie.

« Je n'avais pas d'immunologie l'an dernier, mais comme cela m'intéressait, avec trois camarades, on a décidé d'aller à Fribourg pour avoir un cours », explique la jeune femme, dans les locaux de Eucor-Le Campus européen. Celui-ci permet cette « mobilité ponctuelle » entre les universités alsaciennes de Strasbourg et Mulhouse/Colmar, allemandes de Karlsruhe et de Fribourg-en-Brisgau, et suisse de Bâle.

Se destinant à la recherche, l'étudiante y a gagné une « UE » (unité d'enseignement) en validant l'examen du cours et une expérience « très formatrice ».
« Une expérience du quotidien »

Vanté au printemps 2018 par la chancelière Angela Merkel comme « un premier pas concret » vers la création d'universités européennes - une proposition faite par Emmanuel Macron lors de son discours à la Sorbonne en septembre 2017 -, Eucor-Le Campus européen considère que « la mobilité transfrontalière doit devenir une expérience du quotidien » pour les étudiants et les chercheurs.

Collaborant depuis 1989, ces cinq universités sont devenues en 2015 le premier « groupement européen de coopération territoriale » (GECT) universitaire.
Diplômes trinationaux

Leurs 115 000 étudiants et milliers de chercheurs et doctorants peuvent suivre les cours des différentes universités, monter des projets de recherche communs, voire faire des diplômes trinationaux. Comme Mylana Pfeiffer. Cette Luxembourgeoise de 26 ans termine à Strasbourg son Master 2 en droit comparé, débuté à Fribourg et Bâle. « Pendant le premier semestre, il faut être à Fribourg et à Bâle, donc il faut bien s'organiser », explique-t-elle.

Dans un français fluide, celle qui affirme avoir débuté ses études avec un niveau de langue « plutôt moyen », estime qu'« il faut encourager tous les étudiants » à étudier à l'étranger « dès le début » et ce quelle que soit la matière.

Au-delà du programme d'échange Erasmus, succès populaire de l'Union européenne, le projet d'université européenne veut créer des réseaux d'établissements permettant d'avoir un diplôme en combinant des études dans plusieurs pays.

Emboîtant le pas à Emmanuel Macron, la Commission européenne a lancé en octobre un appel à projets doté de 60 millions d'euros pour un premier programme de douze projets pilotes. 54 alliances avec plus de 300 établissements d'enseignement supérieur ont été candidates.

Cofinancé par le Fonds européen de développement régional, Eucor-Le Campus européen ne rentre pas dans cet appel réservé aux nouvelles alliances, d'autant qu'il associe la Suisse, mais offre « une connaissance de terrain importante », estime Christelle Roy, vice-présidente stratégies et développements de l'université de Strasbourg (Unistra).

Parallèlement à Eucor, l'Unistra a donc formé une nouvelle alliance avec les autres universités d'Eucor (hors Bâle) et celles de Poznan (Pologne), Thessalonique (Grèce), Amsterdam et Vienne.

« L'idée est de bâtir des ponts de manière à ce que les étudiants, mais également le personnel, puissent être mobiles, avoir des formations dans plusieurs universités européennes. La rencontre de l'autre est forcément très enrichissante », plaide Mme Roy.
Mobilité virtuelleet présentielle

Si Eucor a l'avantage de la proximité transfrontalière, difficile de s'imaginer avoir cours à Thessalonique mardi puis à Poznan mercredi. Mais « on panacherait la mobilité virtuelle et la mobilité présentielle », assure Christelle Roy.

Malgré la richesse de l'expérience, Marion Arnoux et Mylana Pfeiffer ne nient pas que la mobilité étudiante passe aussi par des tracas d'organisation, de logement, de transport, de démarches administratives. Sans parler des calendriers universitaires disparates.

« Une fois qu'on a passé tous ces défis organisationnels, administratifs, on n'a plus peur de rien », sourit Mylana Pfeiffer. « Souvent, c'est à nous de mettre en place les outils [...] pour donner envie de partir », reconnaît la responsable de l'Unistra.

Hormis Strasbourg, d'autres universités françaises telles que Rennes 1, Nanterre, Panthéon-Sorbonne, Lille, Perpignan, Montpellier, l'université de technologie de Troyes, l'université de Lorraine etc. sont aussi sur les rangs pour devenir européennes.