Le Grand Est représenté par deux candidats

Publié dans le panorama le Vendredi 26 juillet 2019 à 06:11:20

© L'alsace, Vendredi le 26 Juillet 2019
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Le Grand Est représenté par deux candidats
 

 
La joie lors de la cérémonie de clôture à Caen, le 1er décembre. Photo région Grand Est/Jean-Luc STADLER
Ils seront deux candidats du Grand Est à défendre les couleurs de la France lors la 45e Worldskills Competition, les Olympiades internationales des métiers qui se tiendront du 22 au 27 août à Kazan, en Russie. Soit l'Alsacien Kevin Muller, médaillé d'or en technologie automobile à la finale nationale à Caen et qui a en outre remporté le prix d'excellence pour avoir obtenu le plus de points sur l'ensemble des épreuves (lire ci-dessous), ainsi que le Lorrain Jordan Platz, médaillé d'argent en fraisage. Pourquoi cette participation en recul alors que la grande région affichait un beau score de 23 médaillés dont cinq d'or au terme de la compétition, début décembre (L'Alsace du 3 décembre) ?

Parce que depuis six ans, le règlement de Worldskills France prévoit que le premier sur le podium se confronte ensuite au deuxième de la compétition, voire au troisième, lors de stages dits « de positionnement » avant de pouvoir intégrer l'équipe de France des métiers. Même si c'est très généralement le cas, « la place n'appartient pas au médaillé d'or, la finale n'est qu'une étape », répète sans relâche le délégué technique José Fonséca, sans toutefois éviter complètement que, parfois, « la chose soit mal prise » par l'un ou l'autre candidat et son entourage, voire par la région concernée... Dès le lendemain de la compétition en France, détaille-t-il, « nous réunissons l'ensemble des médaillés, avec les jurés régionaux, les coachs pour expliquer les échéances à venir. Pendant les deux mois et demi suivants, nous organisons de nouvelles sélections avec les experts métier pour savoir lequel des médaillés partira en fonction des critères de compétition internationale et de l'évolution des sujets. »
À chaque pays sa méthode

« Cela permet de ne pas relâcher les efforts. Pendant les trois jours de compétition nationale, un candidat peut être en méforme, et donc pas à 100 % de ses capacités, ce serait dommage de se priver de son potentiel. » Il s'agit aussi de s'assurer qu'un jeune est capable de gérer la pression du temps et un haut niveau stress, de « se mettre dans sa bulle ». « Chaque pays a sa méthodologie », fait valoir le délégué technique. La France a choisi la sienne en observant les résultats des autres pays, la Corée, la Suisse, les îles britanniques...

Thomas Sauner, médaillé d'or à Caen pour la mécanique des véhicules industriels, n'a eu aucune déception, sachant que sa discipline ne serait pas représentée à l'international. « Les moteurs des poids lourds sont trop différents dans leur conception d'un pays à l'autre », livre-t-il, prêt à reprendre l'entraînement dès septembre puisqu'il est sélectionné pour porter les couleurs de la France aux Euroskills 2020 à Graz, en Autriche.

Le trio gagnant en production industrielle - constitué d'Augustin Probst, Lorry Engel, de l'Insa de Strasbourg, et de Christophe Le Houérou, étudiant à l'Ensam de Metz - n'ira pas non plus à Kazan, c'est l'équipe médaillée d'argent de Nouvelle Aquitaine qui aura cette chance. Une décision argumentée par Worldskills France, mais qui n'en est pas moins difficile à accepter, reconnaît Augustin Probst. Dans ce métier, plus que la réalisation elle-même, c'est la conception de prototypes en amont qui importe, au même titre que le fait d'être fortement soutenu par des professionnels, en l'occurrence au CFA (centre de formation d'apprentis) de Reichshoffen, sans oublier un solide esprit d'équipe.
Incertitudes pour la suite

C'est sur ce dernier point que le Grand Est a été jugé moins bon. « C'est un critère tellement subjectif, nous sommes plus réservés, pourtant nous nous voyons toutes les semaines, soupire le jeune homme. Et les documents que nous avons remis témoignent d'un travail plus abouti. D'ailleurs, on nous avait prévenus qu'on allait travailler ensemble pour l'équipe de France et c'est l'intégralité de notre concept qui sera repris. »

Néanmoins sans amertume et « très motivé », il prévoit de se lancer dans la préparation des prochaines olympiades nationales de 2023, avec Lorry Engel et un autre volontaire, Christophe Le Houérou étant frappé par la limite d'âge.

La situation « interpelle » évidemment plus ou moins selon les régions et selon les années. « Il y a neuf métiers dans lesquels c'est arrivé, contre sept la dernière fois », admet José Fonséca, souhaitant que tous fassent « confiance aux experts métiers ». « On prend le temps d'expliquer, d'autant que le deuxième peut être suppléant et monter en compétence pour la suite. » La suite qui n'est pas encore tout à fait écrite : les conseils régionaux n'étant plus en charge de l'apprentissage, plusieurs ont annoncé qu'ils laisseraient les branches professionnelles s'occuper des présélections. D'après Worldskills France, les services du Grand Est seraient à nouveau partants, ce que ces derniers n'ont pas été en mesure de confirmer hier.
Catherine CHENCINER