Les abeilles sont de formidables chimistes ailées

Publié dans le panorama le Vendredi 26 juillet 2019 à 05:58:12

© Dna, Vendredi le 26 Juillet 2019
Droits de reproduction et de diffusion réservés
Télecharger la version PDF

 

Happy culture Thur et Doller
Les abeilles sont de formidables chimistes ailées
Le miel naît de l'alliance du monde végétal et animal. Ce produit complexe est élaboré par les abeilles au terme d'un délicat processus qui commence par la récolte des butineuses, se poursuit par des transformations physico-chimiques et le conditionnement dans des cellules soigneusement operculées.
 

 
Robert Hummel, président du syndicat des apiculteurs de Thann et environs, désopercule un cadre de miel sous les yeux d'élèves de la promotion 2019 du rucher école de l'Enchenberg.
Pour fabriquer le miel les butineuses utilisent comme matière première le nectar des fleurs ou le miellat récolté sur les arbres et arbustes. Le nectar est un liquide sucré produit par les glandes nectaires situées souvent au plus profond des fleurs. Le miellat provient d'un puceron qui pique les parties tendres des végétaux et se nourrit des matières azotées contenues dans la sève. Ce dernier rejette les sucres qu'il ne peut digérer : ces exsudats seront récupérés par les abeilles qui les transformeront en miel de miellat. Le plus connu est le miel de sapin. Selon les saisons et les régions, les miellats se retrouvent aussi sur les érables, les chênes, les châtaigniers, les tilleuls, les aulnes, les frênes, les cistes...
« Un laboratoire enzymatique volant »

Pendant le vol de retour à la ruche, la butineuse commence l'enrichissement du nectar récolté avec des enzymes secrétées par des glandes spécifiques. « L'abeille est un laboratoire enzymatique volant » reconnaissait un spécialiste.
Bouche-à-bouche

De retour à la maison, l'abeille remet son butin sucré, par trophallaxie (bouche-à-bouche) à une magasinière qui le transmet à une autre ouvrière et ainsi de suite jusqu'au lieu de stockage... Au cours de ces échanges, chacune l'enrichit de ses sécrétions glandulaires et participe à l'évaporation de l'eau contenant dans le nectar.
Un produit précieuxet riche

Quand le taux d'humidité est tombé à 40-50 %, le nectar est déposé dans les cellules de cire où l'évaporation se poursuit sous l'action des ventileuses. Cette phase se déroule sur plusieurs jours en fonction de la ventilation de la ruche, de la température et des nectars récoltés. Enfin, lorsque le taux d'humidité du miel atteint 15 à 18 %, les abeilles ferment la cellule avec un couvercle de cire. Parvenu à maturité, sa durée de conservation est extrêmement longue. C'est un produit précieux et riche, aux propriétés bactériostatiques et antibiotiques transmises par les plantes butinées et par les abeilles elles-mêmes.
Un concentré de vitalité

Le miel est composé d'eau, 15 % à 18 %, de sucres à hauteur de 78 % à 80 % dont 30 à 40 % de fructose (ou lévulose), 30 à 40 % de glucose (ou dextrose) et de maltose, saccharose, polysaccharides pour le restant. Il se distingue par une concentration exceptionnelle d'acides aminés, de minéraux dont le potassium, le magnésium et le zinc, de vitamines en moindre quantité mais hautement assimilables, d'acides gras, d'enzymes et de nombreuses autres substances biologiques et aromatiques.
Une cuillère à caféde miel par saison

En pleine miellée, une butineuse peut visiter plus de 1 000 fleurs et remplir son jabot de 75 mg de nectar qui donneront 25 mg de miel en raison de l'évaporation de l'eau. On considère qu'une abeille produit au cours d'une saison la valeur d'une cuillère à café de miel. Ces chiffres sont relatifs car ils dépendent de la saison, du type de nectar, de la météo... Ils permettent cependant de mieux saisir l'incroyable labeur des abeilles et les enjeux d'une flore variée et abondante pour la production de miel.

L'apis mellifera, l'abeille occidentale, n'est pas la seule à fabriquer du miel. D'autres espèces d'hyménoptères en sont capables et pendant des siècles, leur production a constitué une source naturelle de sucre pour des sociétés autochtones dans le monde entier.
Du côté de l'apiculteur

Les ressources alimentaires des abeilles ont diminué en ce mois de juillet chaud et sec. Les abeilles se sont rabattues sur les châtaigniers et les fleurs des forêts et des jardins. Les balsamines, et les renouées du Japon, malgré leur mauvaise réputation de fleurs invasives, représentent de belles opportunités pour les butineuses.

La fin de la saison apicole se profile et les récoltes de miel sont en cours, les dernières auront probablement lieu à la mi-août. Les cadres vidés de leur miel sont mis à lécher par les abeilles ; elles vont non seulement nettoyer chaque cellule mais également reconstruire les alvéoles de cire abîmées par les manipulations.
Bientôt les premières abeilles d'hiver

Après le stockage des cadres, chaque ruche bénéficiera d'un traitement contre les varroas, ces terribles parasites venus d'Asie qui fragilisent les colonies d'abeilles. Enfin, la reine réduit sa ponte et dans deux à trois semaines, les oeufs qu'elle pondra deviendront déjà les premières abeilles d'hiver.
Fabienne RAPP Dans le prochain épisode, Richard Méthia de Steinbach partagera ses « recettes » d'apiculteur pour rester en forme grâce aux produits de la ruche.

Dans le prochain épisode, Richard Méthia de Steinbach partagera ses « recettes » d'apiculteur pour rester en forme grâce aux produits de la ruche.