Darmanin : « Vous pourrez payer vos impôts chez un buraliste »

Publié dans le panorama le Mercredi 24 juillet 2019 à 06:27:37

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Economie Entretien avec le ministre de l'Action et des Comptes publics
Darmanin : « Vous pourrez payer vos impôts chez un buraliste »
Une petite révolution pour les contribuables : au lieu de se déplacer dans un centre de la direction des finances publiques, il sera possible de s'acquitter de l'impôt chez un buraliste. Le ministre envisage également une hausse de la taxe sur le tabac à rouler. Et il précise que moins de 2000 postes de fonctionnaires d'État seront supprimés l'année prochaine.
 

 
Gérald Darmanin précise les baisses d'impôts pour les ménages.
Bientôt, nous pourrons payer nos impôts chez le buraliste...
En effet, à partir du 1er juillet 2020, et dès le 1er janvier prochain dans 18 départements test, le contribuable pourra payer ses impôts chez un buraliste, comme il y achète déjà un timbre fiscal ou paie ses amendes. En liquide jusqu'à 300 euros, et sans limitation avec carte bleue. Beaucoup de contribuables veulent encore payer en liquide, parce qu'ils sont âgés, qu'ils n'ont pas internet ou qu'ils n'ont pas de compte bancaire. Il s'agit de rendre ce service plus accessible, grâce à un réseau plus étendu que celui de la Direction générale des finances publiques (DGFiP) : les buralistes sont présents dans 3400 communes, soit 1 600 de plus que la DGFiP, avec des horaires d'ouverture plus larges, y compris le week-end. Cela permet aussi de redéployer le temps des agents des impôts auparavant consacré aux opérations d'encaissement vers des missions à plus forte valeur ajoutée.

Cette nouvelle mission des buralistes, qui sera effectuée en partenariat avec la Française des Jeux, accompagne par ailleurs l'évolution de leur métier, de plus en plus polyvalent et de moins en moins tourné vers la vente de tabac.
Confirmez-vous une hausse des taxes sur le tabac à rouler ?

On se demande s'il n'y a pas un report de la consommation sur le tabac à rouler, qui n'avait pas subi les mêmes hausses de taxes que les cigarettes. Si tel était le cas, il serait logique qu'il y ait dans le budget 2020 une augmentation de la fiscalité sur le tabac à rouler. Le gouvernement veut à la fois encourager la diminution de la consommation de tabac qui tue chaque année 75 000 personnes en France, garantir au buraliste le monopole de vente du tabac, et aller vers une harmonisation fiscale au niveau européen. Je suis issu d'une région frontalière (Tourcoing, dans les Hauts-de-France), mon père a tenu un bureau de tabac, je comprends que l'importance des achats de tabac à l'étranger parce qu'il est moins cher ne soit pas acceptable.
Le budget 2020 verra une augmentation des dépenses, et une dette stagnant à un niveau très élevé. Est-ce un tournant dans votre politique ?

Pas du tout ! Le vrai changement est le choix d'accélérer la baisse des impôts. Nous baisserons de 27 milliards d'euros les impôts des ménages : en moyenne 250 euros de moins par ménage chaque année grâce à la baisse de la taxe d'habitation, et encore 300 euros en moyenne grâce à la baisse de l'impôt sur le revenu pour 17 millions de foyers, plus la défiscalisation des heures supplémentaires et la suppression des cotisations sociales... Et dans le même temps, nous maîtrisons nos dépenses. Le vrai thermomètre, c'est le déficit : alors que nous baissons beaucoup nos recettes, nous réduisons le déficit de 3,4 % en 2017 à 2,1 % en 2020.
L'objectif était de 1,4 % il y a un an...

Oui, mais il n'y avait pas encore les gilets jaunes, ni une croissance ralentie à 1,4 % au lieu de 1,7, ni le Brexit, ni les tensions commerciales... Depuis, nous avons choisi d'accélérer les baisses d'impôts, tout en tenant nos comptes.
Vous confirmez une diminution de 15 000 postes de fonctionnaires d'État, et non plus 50 000 ? Et combien dans le budget 2020 ?

Ce sera sans doute autour de 15 000 suppressions de postes de fonctionnaires d'État sur le quinquennat, dont moins de 2 000 l'année prochaine, pour l'essentiel à Bercy.
Et dans les collectivités territoriales ?

Nous avons limité les dépenses de fonctionnements dans les collectivités les plus importantes, et favorisé l'investissement. Nous devrions tenir l'objectif de 70 000 suppressions de postes dans les collectivités territoriales, et ainsi réduire au total d'environ 85 000 le nombre de postes de fonctionnaires sur le quinquennat.
Boris Johnson, nommé ce mercredi Premier ministre du Royaume-Uni, n'écarte pas un Brexit sans accord au 31 octobre. Faut-il craindre le chaos à nos frontières ?

Non, car nous nous préparons depuis longtemps à un Brexit sans accord. Le gouvernement a adopté des ordonnances qui nous permettront de réagir très vite dans tous les domaines. Et nous aurons recruté à la fin de l'année 700 douaniers supplémentaires (600 l'ont déjà été). Je rappelle aussi que nous n'allons pas contrôler tous les camions qui sortent de France, il n'y aura pas de files de camions à Calais ou au Havre en direction de l'Angleterre. En revanche, nous contrôlerons les marchandises qui arrivent de Grande-Bretagne.
Le chaos serait donc plutôt côté britannique ?

De notre côté, nous demandons aux entreprises de continuer de se préparer, mais je ne vois pas de drame à venir si toutes les entreprises finalisent bien leur préparation.
Et faut-il craindre un impact sur l'ensemble de l'économie ?

Le plus dramatique, pour un investisseur, c'est l'incertitude. Je dirai donc qu'à ce stade, et même si nous continuons à préférer un Brexit ordonné, le plus urgent est de lever l'incertitude.
Recueilli par Francis BROCHET