« 119, Allô enfance en danger »

Publié dans le panorama le Mardi 23 juillet 2019 à 05:53:07

© Dna, Mardi le 23 Juillet 2019
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reportage  Société
« 119, Allô enfance en danger »
Plus de 700 appels sont passés tous les jours au « 119». Au bout du fil, les écoutants recueillent la parole de mineurs et d'adultes relative à une situation d'enfant en danger ou en risque de l'être. L'été est la période la plus sensible.
 

 
Catherine répond aux appels depuis la création du service, il y a près de 30 ans.
Nous n'entendrons pas le récit de cette jeune fille. Secret professionnel et confidentialité obligent. Ce mardi après-midi, elle a composé le 119, le numéro « Allô enfance en danger ». Catherine se concentre. Rédige à vitesse grand V sur son cahier de notes. Micro-casque sur les oreilles, elle recueille la parole. Laisse l'interlocuteur s'exprimer. Analyse la situation. Puis questionne. « Elle ne le surveille pas ? », « Prend-il des douches ? » Sa voix est posée, claire, calme. « Est-il malmené physiquement ? », « Se sent-il seul ? ».

L'échange entre Catherine, l'une des quarante écoutants du service national d'accueil téléphonique de l'enfance en danger, et cette jeune fille qui s'inquiète des conditions de vie de son petit frère, mineur, avec qui elle ne vit plus, dure plus de 15 minutes. Temps nécessaire, temps fondamental eu égard à la gravité de la situation. Autour de Catherine, sur le plateau du 119, d'autres écoutants, juristes, psychologues, travailleurs sociaux, se relaient 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 et réceptionnent ces histoires de vie majoritairement dramatiques.

« Que va-t-il se passer pour lui pendant les vacances ? » Catherine sait ô combien la période qui se profile est délicate pour ces enfants maltraités. Moins de contact avec le monde extérieur. Davantage de présence familiale. « Nous constatons d'ailleurs que les appels d'enfants sont plus nombreux au début des vacances scolaires », indique Violaine Blain, la directrice du 119. Vacances scolaires égal « danger ». Le monde à l'envers.
« Représailles importantes »

Sophie raccroche. Impossible pour l'écoutante à ce moment-là de répondre à d'autres appels. Elle file alerter un coordonnateur du cas de Victorine*, 12 ans. Pourtant ce mardi au 119, nombreuses sont les personnes en attente auprès des agents du pré-accueil qui filtrent les communications et s'assurent uniquement que l'appel concerne bien la situation d'un mineur.

Le 119, Victorine* l'a déjà composé trois fois au mois de juin. Elle est battue par sa mère. Son récit a fait l'objet d'une « information préoccupante ». Concrètement les faits confiés par l'enfant, retranscrits par l'écoutant, sont transmis à « la cellule de recueil des informations préoccupantes » du département concerné. Mais, depuis sa première alerte, les violences se sont accrues. « Si les professionnels sont déjà intervenus sur place, les représailles sont plus importantes », détaille Sophie à Carole, la coordonnatrice, juriste de formation, qui, dans la minute, contacte la cellule du département.
Attirer l'attention

L'objectif : « Attirer l'attention, dire, là, attention le dossier est prioritaire, il y a grand danger ». L'appel de Victorine* a été transféré en priorité.Dans leur bureau, séparé par une vitre du plateau des écoutants, peu de répit pour les deux agents du pré-accueil. Ça sonne, encore et encore. Sans discontinuer.
Enfermée dans une cave

En moyenne : 700 appels par jour. Qui accouchent de diverses confidences. Fugues, coups, insultes, violences sexuelles, harcèlement. « Il y a des constantes », reconnaît Catherine, présente depuis le premier appel en janvier 1990 soit presque 30 ans. « Mais chaque cas est unique. Et il y a toujours des choses que l'on ne pourrait pas soupçonner, qui nous étonnent », confie-t-elle. L'écoutant, par la voix de l'interlocuteur, par les sons environnants, par les silences, par les respirations, cherche à capter ce qui est peut-être caché. L'exemple de Cassandra*, 6 ans, punie après avoir cassé un vase. L'écoutant découvre après plusieurs minutes d'aveux que la petite est enfermée dans une cave. Pour l'enfant, cet aspect peut être secondaire donc non révélé. Elle confessera n'avoir pour nourriture que du pain et de l'eau. Dans de tels cas - comme celui d'un homme qui compose le 119 après avoir été témoin d'une scène de bébé secoué à une soirée où il était invité la veille - les écoutants alertent les services de premières urgences (police, gendarmerie, Samu, pompiers) et, en parallèle, rédigent une information préoccupante. « Dans le doute », l'équipe conseille « d'appeler ». Nora Darani, responsable de la communication, insiste : «Il faut parfois beaucoup de courage... Mais c'est un acte citoyen, c'est de notre responsabilité à tous ».
Charlotte OVERNEY *Les prénoms ont été modifiés.

*Les prénoms ont été modifiés.