Le potentiel de récolte alsacien sous la barre du million d'hectolitres

Publié dans le panorama le Mardi 23 juillet 2019 à 05:52:05

© Dna, Mardi le 23 Juillet 2019
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Viticulture Moins de grappes et la sécheresse
Le potentiel de récolte alsacien sous la barre du million d'hectolitres
Après la récolte record de 2018 (1,2 million d'hectolitres), l'Alsace table sur un millésime 2019 beaucoup moins généreux qui peinera à atteindre le million d'hectolitres. Dans certains secteurs, les vignes ont soif et le nouvel épisode caniculaire cette semaine pourrait bloquer leur croissance.
 

 
Pour Frédéric Schwaerzler, « ce serait bien qu'il pleuve dans les 15 jours ».
La dernière « vraie pluie » remonte au 22 juin. Dans la plaine autour de Colmar, les vignes ont du mal à se développer « à cause d'un déficit de réserves en eau », note Frédéric Schwaerzler, conseiller viticole à la chambre d'agriculture d'Alsace. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder les très petites baies des grappes de chardonnay dans la Harth au sol sablonneux. Sans eau, elles ne gonfleront pas.

Avec le réchauffement climatique, la sécheresse devient récurrente dans le vignoble, au point que la profession commence à se poser la question de l'irrigation (lire ci-dessous). Le phénomène de stress hydrique commence à se faire sentir notamment dans les vignes « entre Wintzenheim, Turckheim, Colmar, jusqu'à Bennwihr ».

Au stade actuel de la fermeture de la grappe, la situation peut encore évoluer favorablement, « mais ce serait bien qu'il pleuve dans les 15 jours », dit Frédéric Schwaerzler.
Un défaut de maturation

Jusqu'au solstice de juin, les choses se passaient plutôt pas mal. « Après un débourrement (sortie des bourgeons) hétérogène la première quinzaine d'avril, on a eu une évolution assez lente de la vigne avec un mois de mai qui a démarré fraîchement ». « Le vignoble a même frôlé la catastrophe la nuit du 5 au 6 mai, lorsque les bourgeons ont failli geler suite à une baisse très importante du thermomètre. Il a dû son salut à la couverture nuageuse », glisse-t-il en passant.

La floraison vers le 18 juin a elle aussi été disparate et très étalée. La canicule de fin juin-début juillet avec des températures élevées de jour comme de nuit a fait « gagner une semaine de la croissance à la vigne ». Résultat : aujourd'hui, l'Alsace est sur une prévision de vendanges normales, soit la première quinzaine de septembre pour les crémants, et la deuxième pour les vins tranquilles.
Moins sensiblesà la pourriture grise

« Les conditions de la floraison, les réserves amoindries de la vigne qui a bien donné en 2018, associées aux fortes chaleurs » ont favorisé le millerandage, ce défaut de maturation, avec des grappes et des baies de petite taille. Un phénomène « plus marqué » sur les rieslings. « Cela veut dire moins de rendements, mais d'un point de vue qualitatif, c'est plutôt positif. Les grappes plus modestes et plus lâches seront moins sensibles à la pourriture grise », rassure Frédéric Schwaerzler.

Autre point de satisfaction : l'état sanitaire du vignoble est très bon. Si certains secteurs ont connu des attaques d'oïdium, le champignon redouté a pu être contenu grâce à des traitements à base de soufre, rassure le technicien.
Les fluctuations de la production, un problème

Au niveau des volumes attendus, le vignoble alsacien s'inscrit dans la tendance nationale qui prévoit une baisse de la production de vin en France cette année (DNA du 21 juillet). « Le potentiel en grappes est moindre qu'en 2018. On va avoir du mal à atteindre le million d'hectolitres », prévient Gilles Neusch, directeur du CIVA, le Conseil Interprofessionnel des Vins d'Alsace. « En l'état actuel des choses, la moyenne pour l'AOC Alsace, se situe à 64 hl/ha. Les voyants sont au rouge pour certains cépages comme le gewurztraminer (35 hl/ha). » « Ce qui pose problème, dit-il, ce sont les fluctuations de la production et des disponibilités. Les marchés n'aiment pas cela. »

Dernière étape avant les vendanges, la véraison, phase où les raisins ramollissent et accumulent des sucres, devrait démarrer vers le 10 août. Aujourd'hui, les vignerons craignent une sécheresse prolongée qui compromettrait le développement du raisin. Sans compter les imprévisibles orages de grêle. Ils attendent « la fameuse pluie de la Foire aux Vins », relève avec humour Frédéric Schwaerzler. En 2015, les 40 à 50 mm d'eau tombés au moment de la manifestation, avaient permis de sauver le millésime.
Isabelle NASSOY