De nouvelles habitudes dans le Sud-Ouest

Publié dans le panorama le Dimanche 21 juillet 2019 à 06:28:48

© Dna, Dimanche le 21 Juillet 2019 
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Il y a 80 ans, l'évacuation Série d'été (3/8) 
De nouvelles habitudes dans le Sud-Ouest
Nous poursuivons notre série sur «l'évacuation », 80 ans après cet épisode marquant pour bon nombre de communes d'Alsace, en 1939. C'est sur les quais des gares du Sud-Ouest que les évacués ont appris qu'ils étaient arrivés à destination ! 
 

 
Du Rhin à l'Atlantique, de Huningue à Soustons, pour les Huninguois
La population d'une même localité était souvent répartie dans plusieurs communes d'accueil. Les maisons inoccupées, réquisitionnées, étaient remises en état, des logements aménagés, des chambres séparées. Les réfugiés étaient logés dans les établissements à usage collectif, hôtels, usines non utilisées, écoles, salles de réunion... Il n'était pas rare que plusieurs familles logent sous le même toit. D'autres évacués partageaient l'habitation avec les habitants du lieu. D'aucuns ont trouvé refuge dans des manoirs ou... des granges à l'abandon !
Du poêle rhénan et des casseroles à la cheminée et à la marmite...

Tous étaient réduits au strict minimum : tout le nécessaire au quotidien avait été abandonné dans la précipitation de l'évacuation ! Les villages d'accueil ont mis en place une cuisine commune. Des ustensiles de toutes sortes étaient distribués par la suite à ceux « arrivés les mains vides » (Paul Riss/Hésingue). C'est ainsi que les évacués créent des coopératives commercialisant des denrées alimentaires à bas prix, comme l'abbé Meyer, curé de Hésingue.

Les Alsaciens, habitués au traditionnel poêle rhénan, découvrent la cheminée et une marmite pour toute casserole. En milieu rural, on regrette l'absence de l'eau courante, de l'électricité, de véritables lieux d'aisance comme en Alsace. Les habitudes alimentaires se modifiaient, elles aussi, : le vin rouge, les châtaignes, la soupe au pain...
Aux frais de l'État

L'évacuation des zones frontières était une mesure de police militaire à caractère obligatoire, le repliement ou l'éloignement des populations une mesure de sauvegarde. C'est pourquoi les familles ne disposant pas de ressources suffisantes à leur existence recevaient, aux frais de l'État, le logement, les soins et la subsistance. Elles ont dû, selon leurs moyens, se mettre au service de la Nation.

L'État allouait une allocation journalière de dix francs par personne âgée de plus de 13 ans et six par enfant. Une aide qui a fait des jaloux parmi les habitants du Sud-Ouest. Les allocations ont vite été supprimées, lorsqu'un évacué a trouvé du travail, comme ouvrier à la ville, comme journalier à la campagne. « Dans les exploitations agricoles, même les jeunes filles et garçons remplaçaient les mobilisés landais qui souvent étaient... chez nous en Alsace au front », a souligné Joseph Muller, l'ancien maire d'Uffheim. Ils soignaient le bétail, rentraient le maïs qui avait mûri...
Un nouveau quotidien

Les Alsaciens ont pris leurs marques peu à peu. « Les jours de marché, on roule ensemble sur char à banc ou a vélo dans les centres de Hagetmau, Samadet ou dans les Basses Pyrénées. Les enfants fréquentaient les écoles. Le dimanche, tout le monde allait à la messe », s'est rappelé Joseph Muller. Une communauté s'est créée. Nombreux ont été les réfugiés qui ont profité de l'occasion pour se rendre en pèlerinage à Lourdes.

Si l'hiver 1939/1940 a été très rude en Alsace, il s'est montré très doux dans le Sud-Ouest, quoiqu'humide. Une chute de neige - quelque 20 centimètres, du jamais vu dans les Landes - a cependant permis aux jeunes réfugiés de luger pendant quelques jours. Pour les fêtes de fin d'année, les familles landaises, comme les familles alsaciennes, ont eu la joie de revoir les parents permissionnaires.
Paul-Bernard MUNCH