Straumann et Schellenberger dénoncent les paradoxes

Publié dans le panorama le Dimanche 21 juillet 2019 à 06:03:19

© Dna, Dimanche le 21 Juillet 2019 
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Commerce international  Producteurs de viande 
Straumann et Schellenberger dénoncent les paradoxes
Les députés haut-rhinois craignent que l'accord commercial entre le Canada et l'Union européenne (CETA), tel qu'il est présenté, pénalise les agriculteurs et les producteurs alsaciens. Trois jours avant le scrutin public ils ont dénoncé les paradoxes qu'entraînerait l'application du document. 
 

 
Les deux députés et le président de la FDSEA (à gauche) en compagnie du gérant de l'exploitation agricole (avec la casquette).
Alors qu'en France les agriculteurs et les producteurs de viande sont soumis à des règles très strictes sur les plans sanitaires et de santé, voilà que le CETA permettra peut-être demain l'importation de produits canadiens pour lesquels ces mêmes obligations n'ont pas été respectées. L'exemple de l'usage des farines animales illustre parfaitement le problème soulevé par les parlementaires : sur le territoire national, elles sont interdites depuis la crise dite de la vache folle. Au Canada ce n'est pas le cas. Doit-on dès lors considérer que le risque est moindre quand le cannibalisme animal est pratiqué sous d'autres latitudes ?
« Les consommateurs à l'affût du produit le moins cher »

Globalement les producteurs nord-américains utilisent 42 substances interdites en Europe, insistent les deux élus haut-rhinois. Si leurs produits sont distribués en Europe, les conditions de concurrence avec les collègues du Vieux continent seront tronquées. A une époque où l'on prône les circuits courts - « surtout lors des campagnes électorales » souligne avec malice et en connaisseur Eric Straumann - il est forcément contre-indiqué de commercialiser de la viande élevée à plus de 6 000 km de là. « C'est une hérésie économique et écologique » martèle le député de Colmar. David Herrscher, à la tête de l'exploitation agricole familiale à Andolsheim (lait - viande - céréales) abonde. Il voit poindre un déséquilibre commercial, une concurrence faussée. « Cela remet en cause les efforts que nous faisons depuis nombreuses années. Sur les étals, le consommateur recherchera toujours le produit le moins cher ».

Raphaël Schellenberger évoque pour sa part les états généraux de l'alimentation qui se sont tenus en 2017 et qui sont « en contradiction totale avec ce que l'on s'apprête à signer ».

Le président de la FDSEA, Michel Busch, ne dit pas autre chose. Les premiers concernés par une alimentation à bas prix, ce seront essentiellement nos enfants dans les cantines où l'on est tenu à économiser chaque sou, appuie-t-il.Et puis il y a cette histoire de glyphosate que l'on a retrouvé dans des pâtes italiennes produites à base de blé canadien. Tout comme cette porte ouverte aux produits venus des USA ou d'Amérique du Sud qui ne feront que transiter (ou même pas) par le Canada avant d'être importés. « Les mesures de protection prises en Europe relèvent du bon sens. Il est dès lors indispensable de les appliquer également aux produits importés » s'accordent ici les politiques et les gens du métier.

Si le débat « intense » sur le CETA qui s'est déroulé ces derniers jours à l'assemblée nationale n'a pas permis de trouver un consensus, les deux parlementaires LR ont tout de même noté que du côté de la majorité ce n'était pas non plus le soutien inconditionnel. « On a eu des votes avec seulement 17 voix de différence. C'est peu ». Cela laisse-t-il la porte ouverte à un éventuel retournement de situation avec un scrutin proportionnel avec (une) procuration ? Enfin, les mêmes de s'étonner d'un relatif mutisme des ONG sur le sujet qui ne parvient pas à mobiliser le grand public.
Jean-Luc Will