Strasbourg L'été en campagne pour les potentielles têtes de liste

Publié dans le panorama le Dimanche 21 juillet 2019 à 06:01:46

© Dna, Dimanche le 21 Juillet 2019 
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Strasbourg Municipales 2020 
L'été en campagne pour les potentielles têtes de liste
Neuf mois avant les municipales, les états-majors de campagne vont connaître un été studieux. Il s'agit de consulter leur base, faire remonter des idées pour nourrir leur argumentaire et en faire des éléments programmatiques. Coup d'oeil en coulisses du côté des potentielles têtes de liste. 
 

 
Le bureau du 9e étage du centre administratif sera très convoité en mars 2020 : l'été marque la dernière pause avant le départ officiel de la course à la succession de Roland Ries.
Agir - la Droite constructive
Pour l'heure, Fabienne Keller ne dit rien de ses intentions pour les municipales. Tout ce que l'on sait, c'est que l'ex-maire ne fera pas un ticket avec l'actuel premier adjoint de Roland Ries, Alain Fontanel - ce dernier ayant exclu cette hypothèse (DNA du 8 juin) : « Ce n'est pas compatible avec la volonté de renouvellement des visages et de la méthode », avait-il souligné. La nouvelle députée européenne, qui reste très active lors des conseils municipaux après le scrutin de mai dernier, ne devrait pas être absente de la campagne municipale qui s'annonce.

Pour autant, elle ne prendra pas la tête d'une liste Agir - la Droite constructive. Et pour cause : Alain Chrétien, maire de Vesoul et président de la commission nationale d'investiture d'Agir a procédé à la nomination des 32 premiers coordinateurs du mouvement pour les élections municipales. C'est Pierre Jakubowicz qui a été nommé « chef de file » et « coordinateur » pour le scrutin à venir au printemps prochain (DNA du 12 juin).
Le MoDem

C'est Sylvain Waserman, député MoDem-LaREM de la 2e circonscription du Bas-Rhin (Strasbourg-Sud) et vice-président de l'Assemblée, que le MoDem a choisi comme « chef de file » pour les municipales à Strasbourg. Comme le rappelle un proche du député, « chef de file ne veut pas dire tête de liste. Les investitures seront décidées en septembre ».

En attendant, le chef de file strasbourgeois, dont certains prédisent le rapprochement avec Alain Fontanel, quasi-candidat LaREM, a toute latitude cet été pour discuter, rassembler en vue d'une liste « ou se lancer lui-même », glisse ce même proche.

Les deux partis centristes sont « dans une logique d'alliance », nous assure cet élu strasbourgeois, mais ils ne manquent pas de marquer leur territoire, on s'en aperçoit.
Les Républicains

Deux personnalités, Jean-Philippe Vetter (qui s'est déclaré dès le mois de janvier) et Jean-Philippe Maurer (une semaine plus tard), briguent la tête de liste LR aux municipales à Strasbourg. Après un scrutin des Européennes décevant, les deux candidats, qui se suivent à la trace, ne manquent pas de soutiens locaux. Ils ont, tous deux, fait leurs premiers meetings qui ont réuni des centaines de sympathisants : Jean-Philippe Vetter au FEC et Jean-Philippe Maurer dans son fief à la Meinau.

Avant la pause estivale, Jean-Philippe Vetter s'est livré à un marathon de 24 heures à la rencontre des Strasbourgeois, avec une quinzaine de rendez-vous avec « ceux qui contribuent, bien souvent à bas bruit, à rendre notre ville plus agréable à vivre » (DNA du 5 juin). Le tout à suivre en léger différé sur ses profils sur les réseaux sociaux Facebook. Son storytelling innovant a été plutôt bien suivi par ses followers, qu'il ambitionne de transformer en électeurs.

Son concurrent n'est pas en reste : Jean-Philippe Maurer creuse son sillon dans son fief de conseiller général et d'ancien député de la 2e circonscription de Strasbourg. Cet été, il ne fera pas « la tournée des gravières », comme certains faisaient la tournée des plages, il y a quelques années, appuie-t-il en souriant. La commission d'investiture nationale doit trancher au mois de septembre, qui des deux Jean-Philippe, portera le flambeau LR.
Europe Écologie-Les Verts et apparentés

Boostés par les Européennes et leur score prometteur pour les municipales, les écologistes ont mis les bouchées doubles pour profiter de la dynamique qui s'est engagée depuis. Le pourfendeur de l'arrêté municipal, l'urgentiste Syamak Agha Babaei (ex-PS), ainsi que le médecin en pointe sur le sport-santé sur ordonnance, Alexandre Feltz (Place Publique), les ont rejoints (DNA du 9 juin). Ils constituent d'excellentes pioches pour EELV, qui a pour stratégie d'aller au-delà des écologistes et de surfer sur la vague des manifestations pour le climat.

L'été sera mis à profit pour aller à la rencontre des citoyens pour faire remonter les idées. De manière à ce que « l'assemblée citoyenne » valide, début septembre, les premiers axes de campagne en construisant ensemble le programme et l'architecture de la liste. Avec notamment la tête de liste : outre les écolos Alain Jund et Jeanne Barseghian, Syamak Agha Babaei ou encore Alexandre Feltzpourraient tenir ce rôle. Pour conduire la liste à « la victoire », l'ambition affichée pour mars 2020.
La République en Marche

Protégé par le maire PS Roland Ries, qui a une « amitié personnelle » avec Emmanuel Macron, Alain Fontanel (LaREM) avance sans dévier de son objectif : lui de succéder dans le fauteuil de maire. Même s'il n'est pas investi officiellement par les instances nationales pour l'heure, le premier adjoint poursuit sa tâche en évitant les chausse-trappes que lui tendent ses anciens camarades socialistes. Le rôle du favori lui impose de ne pas répondre aux attaques et de ne pas rentrer dans la mêlée. Laissant ce rôle à Roland Ries, voire à Paul Meyer ou Jean-Baptiste Gernet, deux personnalités sorties comme lui du parti socialiste, mais ayant opté pour le courant hamoniste, plus à gauche.

En ce qui concerne sa campagne, le presque candidat macroniste - qui se déclarera sans doute au dernier moment pour éviter de s'exposer inutilement - fait le job : avec quatre réunions publiques sur quatre thèmes différents concernant la ville de demain, il a pris le pouls de quelque « 850 Strasbourgeois », en s'entourant à chaque fois de deux experts, juges de paix des débats. Pour l'heure, Alain Fontanel s'en tire avec un sans-faute. Presque sans égratignure. De quoi envisager la suite, en septembre, sereinement. « En septembre, ces jeudis se poursuivront et de nouvelles initiatives seront prises dans les quartiers », indique-t-il.
La Coopérative

Hyperactifs sur des sujets très urbains et porteurs en termes d'image, Paul Meyer et Jean-Baptiste Gernet sont sortis du lot sur des thématiques d'innovation et de bien-être dans la ville durant ce mandat. Mais aussi en ne ménageant pas leurs efforts pour ferrailler avec leurs anciens collègues du PS, dont ils sont les meilleurs ennemis. Ils ont su tisser leurs réseaux dans les quartiers Gare et Centre, mais aussi via leurs délégations d'adjoints thématiques à l'économie solidaire, aux mobilités innovantes, à la logistique urbaine, ainsi que le tourisme, le commerce et le numérique, en étant omniprésents sur le terrain, lors des conseils municipaux et sur les réseaux sociaux.

Les deux adjoints caressent l'idée de présenter une liste Coopérative sociale et solidaire, avec Paul Meyer en tête de liste, mais n'ont pas encore fait d'annonce dans ce sens. L'autre hypothèse est qu'ils se retrouvent sur une liste de rassemblement dès le premier tour avec Alain Fontanel, dont ils sont proches. L'été portera sans doute conseil ou servira à se compter pour la suite des opérations. Pour l'heure, ils se disent concentrés sur leur tâche, mais présenteront à la rentrée leurs « immanquables », à savoir « la matérialisation » de leurs réflexions en « enjeux structurants » pour Strasbourg.
Parti socialiste

Fragmenté depuis l'arrivée de la Macronie, le PS a tenté de faire bonne figure devant la fuite de ses éléments et d'une partie de ses troupes. Passant une bonne partie de leur énergie à lancer l'anathème sur ceux qui ont quitté le navire socialiste. L'autre difficulté a été la guéguerre intestine entre les deux principaux candidats pour la tête de liste.

Dès juin 2018, Philippe Bies lançait son association « Strasbourg Demain », mettantRobert Herrmann, son concurrent direct au PS, sous pression. La réponse de ce dernier, en janvier 2019, a été cinglante : il sera N° 1 ou rien, pour cumuler les fauteuils de maire et de président de l'Eurométropole... Six mois plus tard, Robert Herrmann annonce contre toute attente, qu'il quittera la vie politique à la fin de son mandat. N'ayant pas trouvé les alliés pour conquérir la Ville, il a indiqué qu'il ne figurera sur aucune une liste. Ce qui laisse penser qu'il part fâché.

De quoi donner de l'air à gauche à l'ancien député PS, Philippe Bies. Mais, pour ne rien arranger, un de ses proches, Mathieu Cahn a dit, lui aussi, réfléchir à l'hypothèse de se présenter à la tête de la liste PS. Au seuil des vacances, il indique avoir pris sa décision, sans préciser laquelle... Interrogés sur leurs intentions, les deux élus renvoient au 30 août, date de l'ouverture des candidatures. Avant le vote militant qui se déroulera le 19 septembre.

Il se murmure enfin que l'ancienne maire Catherine Trautmann, forte de son entregent dans les sphères économiques notamment, pourrait être tentée de grappiller des voix au centre gauche et au centre droit qui, après la défection de Robert Herrmann, devaient logiquement se reporter sur Alain Fontanel (LaREM). L'histoire dira si cette figure de l'histoire politique de Strasbourg fera équipe avec l'un ou l'autre, ou briguera elle-même la tête de liste... Le mois de septembre promet d'être surprenant.
Philippe DOSSMANN