climat À quoi ressemblera l'Alsace en 2050 ?

Publié dans le panorama le Samedi 20 juillet 2019 à 06:09:14

© Dna, Samedi le 20 Juillet 2019 
Droits de reproduction et de diffusion réservés
Télecharger la version PDF

 

environnement Climat 
À quoi ressemblera l'Alsace en 2050 ?
Les manifestations du dérèglement climatique sont déjà visibles et elles vont encore s'accentuer. C'est ce que montre le rapport d'information des sénateurs Ronan Dantec et Jean-Yves Roux. Pour eux, l'urgence est déclarée. 
 

 
D'ici 2050, la fréquence, la durée et l'intensité des vagues de chaleur vont augmenter.
Et si les températures caniculaires qu'on a connu fin juin -- on a frôlé les 40° -- devenaient un jour la norme en été ? Ce sera peut-être le cas... d'ici trente ans. Le rapport commandé par le Sénat à l'automne 2018, intitulé « L'adaptation de la France aux dérèglements climatiques à l'horizon 2050 : urgence déclarée » prédit des changements importants en France à cause du changement climatique.

Car, que nous parvenions ou non à réduire les émissions de gaz à effet de serre, « nous aurons de toute manière à faire face en 2050 à une aggravation significative, mais à ce stade encore non critique, des impacts du réchauffement climatique » souligne le document.

L'Alsace de 2050 n'échappera pas à ces bouleversements, qui auront un impact sur son climat comme sur ses activités agricoles.
Une augmentation générale des températures

Le rapport met en évidence une augmentation des températures moyennes dans tous les départements métropolitains depuis cinquante ans. Celle-ci est comprise entre 0,6 °C et 1,3 °C, toutes saisons confondues, par rapport à la moyenne de référence calculée sur la période 1976-2005. Néanmoins, la hausse est plus marquée dans les départements de l'est, ce qui devrait se maintenir. Sont également prévues d'ici 2050 une augmentation de la fréquence, de la durée et de l'intensité des vagues de chaleur, comme celle qui a touché l'Alsace il y a quelques semaines.

Évolution de la température annuelle moyenne en France ONERC /DR

Évolution du nombre de journées chaudes Météo France /DR
Le tourisme à Strasbourg menacé ?

L'enjeu de l'augmentation des températures est particulièrement marqué en zones urbaines en raison du phénomène des « îlots de chaleur urbains ». L'expression désigne la différence de température entre les milieux urbains et les zones rurales environnantes. Les observations démontrent que les températures des centres urbains sont en moyenne supérieures de 4°C par rapport à la campagne, ce qui mettrait des villes comme Strasbourg au défi de rendre la ville supportable et attrayante pour ses visiteurs.
L'enneigement en berne

Dans les Vosges, le réchauffement climatique se traduira également par une baisse tendancielle très marquée de l'enneigement, particulièrement sous le seuil des 1 800 mètres d'altitude, et une fonte des neiges plus précoce, ce qui impactera également le régime des cours d'eaux.
L'apparition potentielle de maladies portées par les moustiques

Le moustique tigre, apparu en 2004 à Menton, est aujourd'hui présent et actif en Alsace. Or, celui-ci peut être vecteur des virus du chikungunya, de la dengue et du Zika en dehors de leur zone endémique. Sous l'effet du réchauffement climatique, la situation française pourrait ressembler prochainement à celle de pays, comme la Grèce, la Roumanie et l'Italie, qui sont déjà confrontés par exemple à des épidémies du virus West Nile.
Baisse du niveau des cours d'eau

La majorité des cours d'eaux français devraient subir une baisse de leur débit moyen annuel de 10 à 40 %. L'Alsace se situe dans la moyenne haute de ces prévisions. De plus, les centrales nucléaires comme celle de Fessenheim ont besoin d'importantes quantités d'eau pour être refroidies et leur refroidissement entraîne le réchauffement des fleuves. Elles sont donc susceptibles d'exercer une pression supplémentaire sur des cours d'eau.
L'agriculture et l'élevage, grands perdants

Le changement climatique - notamment avec l'excès de précipitations printanières ou l'augmentation des températures en automne - est d'autant plus préjudiciable pour le rendement de culture. Or, la moyenne des précipitations est en augmentation marquée sur le quart nord-est de la France, notamment au printemps et à l'automne. La culture du blé, du maïs, du colza, ou encore du tournesol pourraient dès lors être impactés en Alsace. Le secteur de l'élevage, lui, a déjà été sévèrement touché dans l'ensemble de l'Europe de l'ouest en 2018. En France, les pertes totales liées à la sécheresse sont estimées entre 1,5 et 2 milliards d'euros. La région Grand Est, parmi d'autres, a dû faire face à une pénurie de fourrage très prononcé. Face au manque, l'ensemble des éleveurs européens ont dû procéder à des abattages anticipés de vaches, ce qui a provoqué la chute des cours de la viande.
Un vin plus alcoolisé et une bière plus chère ?

La vigne, sensible aux changements de température, est de plus en plus menacée par les gelées tardives quand elle fleurit tôt, ou par la sécheresse quand elle fleurit tard et de façon prolongée. De plus, la qualité des vins s'en trouve modifiée : plus le taux de sucre augmente chez le raisin, plus le vin a un taux d'alcool élevé. De la même façon, les vagues de chaleur touchent la production d'orge et auront donc un impact sur le prix des boissons fabriquées à partir de cette céréale, comme le whisky... mais aussi la bière.
Marie MAHEUX