Retraites : qui gagne, qui perd

Publié dans le panorama le Vendredi 19 juillet 2019 à 06:23:03

© L'alsace, Vendredi le 19 Juillet 2019
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Retraites : qui gagne, qui perd
 

 
Un âge de départ à la retraite à taux plein fixé à 64 ans, une caisse unique qui met fin aux 42 régimes spéciaux, le remplacement des trimestres par des points : Jean-Paul Delevoye a, comme prévu, remis ce jeudi à Édouard Philippe ses préconisations pour le futur « système universel de retraite ». Le Premier ministre veut prendre le temps de la réflexion (et de la consultation) et ne devrait pas réagir avant une semaine. Malgré dix-huit mois de concertation, le big bang annoncé pour 2025 ne contentera pas tout le monde.
Plus favorable aux précaires et aux femmes

Le système actuel remontait à une époque de salariat généralisé et de plein-emploi. Le changement de modèle bénéficiera en premier lieu aux travailleurs qui ont connu des carrières heurtées : ils n'auront plus à attendre 67 ans pour éviter la décote. L'intérim et le temps partiel seront plus facilement convertibles en points qu'ils ne le sont en trimestres. Le changement de mode de calcul (sur toute la vie active plutôt que sur les 25 meilleures années dans le privé) affectera marginalement les précaires. Les salariés payés autour du smic devraient, quant à eux, profiter de la revalorisation du minimum de retraite (de 81 % à 85 % du smic net). Pas de grande révolution à attendre en revanche pour les futurs retraités de la partie basse des « classes moyennes », ceux qui avaient pris d'assaut les ronds-points il y a huit mois. Sauf pour ceux qui auront commencé leur vie active très jeune. Le dispositif carrières longues sera maintenu.

Les femmes, aux carrières plus souvent hachées, devraient également profiter de la réforme. Les périodes de parentalité, comme d'ailleurs celles de chômage, d'invalidité et de maladie, donneront de surcroît droit à des points de même valeur, calculés sur les revenus de l'année précédente (ou sur les allocations dans le cas du chômage). Enfin, les pensions de réversion pour les veuves (non divorcées) seront harmonisées à hauteur de 70 % de ce que touchait le couple.
Les enseignants grands perdants

Les agents de la fonction publique devraient en revanche être les grands perdants de l'affaire. La fin des « six meilleurs mois » ne sera compensée par la prise en compte des primes que... pour ceux qui en ont. Tous les autres, notamment les agents des collectivités locales les moins fortunées et surtout les enseignants, risquent de grimacer. Jean-Paul Delevoye ne le nie pas et appelle à « remettre à plat la gestion des ressources humaines dans la fonction publique ».

La suppression des régimes spéciaux, dont les pensions sont souvent calculées sur une base plus favorable que dans le reste du privé, s'annonce comme l'autre point sensible. Pour diluer les oppositions, le haut-commissaire a maintenu le départ anticipé pour les militaires, policiers, douaniers, pompiers et surveillants pénitentiaires. Il promet une « transition longue de 15 à 20 ans » pour les autres. Pour les aides-soignantes par exemple, l'âge plancher de départ, aujourd'hui à 57 ans, ne serait relevé que progressivement et la première génération à basculer à 62 ans serait celle née en... 1982. Une « pente douce » qui doit faciliter l'acceptation de la réforme.
Alexis BOYER