centrale hydroélectrique de Kembs : Un impressionnant filtre à déchets

Publié dans le panorama le Vendredi 19 juillet 2019 à 05:49:54

© Dna, Vendredi le 19 Juillet 2019
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Les pieds dans l'eau Centrale hydroélectrique
centrale hydroélectrique de Kembs : Un impressionnant filtre à déchets
Même si ce n'est pas sa vocation première, la centrale hydroélectrique de Kembs, site géré par EDF, récupère chaque année 500 à 1500 tonnes de déchets charriés par le Rhin, qui sont ensuite revalorisés, pour la plupart. Immersion dans cette impressionnante machinerie très bien huilée...

 
Les déchets et débris charriés par le Rhin sont récupérés sur des grilles placées le long de la centrale hydraulique, au moyen d'un dégrilleur, piloté par un agent EDF et équipé d'une mâchoire. Celle-ci gratte les grilles jusqu'à six mètres de profondeur.
Leur premier métier, c'est la transformation de l'énergie hydraulique en électricité. Les 26 agents EDF de la centrale hydroélectrique de Kembs le font d'ailleurs avec sérieux et efficacité - bien aidés par le débit du Rhin -, puisque les six turbines Kaplan présentes sur le site produisent chaque année l'équivalent de la consommation en électricité d'une ville comme Mulhouse. Mais, pour que ces turbines tournent à plein régime et pour éviter la panne, ils doivent aussi faire le ménage, une quinzaine de mètres en amont, en filtrant les tonnes de déchets charriés quotidiennement par le Grand Canal d'Alsace.
Bois et plastique principalement

La méthode est bien rodée : une fois par semaine, un agent EDF prend les commandes du dégrilleur, une machine mobile située juste au-dessus des grilles, qui est équipée d'une mâchoire capable de descendre jusqu'à six mètres de profondeur, tout au fond du lit du canal. Les déchets sont remontés et déversés dans une rigole, où ils sont poussés par un petit torrent d'eau jusqu'à un premier lieu de stockage, situé quelques mètres en contrebas de la centrale. C'est là qu'ils sont séchés sur un tamis avant d'être déplacés vers un second lieu de stockage, dans l'attente d'être récupérés par des entreprises agréées, locales comme nationales, puis d'être revalorisés, la plupart du temps.

« On récupère principalement du bois, mais aussi beaucoup de plastique, de verre, de pneus, de ballons. Il arrive aussi que le Rhin charrie des corps. On prévient alors les gendarmes, qui prennent le relais. L'agent qui a été confronté à cela peut bénéficier d'un suivi psychologique s'il le souhaite », explique Yassine Belhadj, responsable de l'usine de Kembs.

Le poids total des déchets collectés varie de 500 à 1500 tonnes par an en fonction des crues enregistrées chaque année. De début avril à fin juin, lorsque le débit du Rhin est au plus fort (de 900 m³/seconde en temps normal, il peut monter jusqu'à plus de 4000 m³/s en période de forte crue), les dégrillages sont quotidiens avec des équipes mobilisées en continu pour gérer la récupération de nombreux troncs et autres objets charriés par le fleuve. Le tonnage important collecté s'explique par le fait que la centrale hydroélectrique de Kembs est la première à réaliser ce « filtrage » côté français, récupérant ainsi une bonne partie de ce qui tombe dans le Rhin depuis l'agglomération bâloise et même bien en amont, « depuis le lac de Constance, n'hésite pas à avancer Yassine Belhadj, car les centrales suisses situées sur le Rhin se contentent de laisser passer le bois et de le relâcher en masse lorsqu'il s'accumule ».
Une deuxième vieparfois artistique

« Lorsque l'on voit ces volumes importants, on se rend compte de l'empreinte négative de l'homme sur l'environnement et on se dit que l'on est content de contribuer à nettoyer le Rhin, indique Christine Tousch, responsable de la communication d'EDF Hydro Est. Tout ce que l'on récupère, c'est autant de déchets que l'on ne trouvera plus en aval. » Certifié ISO 14001, EDF attache une grande importance à l'aspect environnemental et n'hésite pas à mettre des moyens humains et matériels en place pour réduire la pollution et valoriser le tri et la transformation des déchets. Certaines entreprises transforment d'ailleurs directement le bois en copeaux sur le site de Kembs. D'autres le transportent et le sèchent pour alimenter les chaufferies industrielles ou urbaines. Certaines valorisent aussi les nombreux plastiques récupérés pour en faire des granulés. Le bois peut aussi avoir une deuxième vie plus insolite, comme lorsque des artistes se présentent à la centrale hydroélectrique afin de récupérer de beaux troncs pour les sculpter ou du bois flotté pour en faire des objets de décoration.
Sébastien SPITALERI Voir notre diaporama et notre vidéo sur www.dna.fr

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