Agriculture Sécheresse : La profession redoute un nouveau coup de chaud dévastateur

Publié dans le panorama le Vendredi 19 juillet 2019 à 05:41:38

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Agriculture Sécheresse
Agriculture Sécheresse : La profession redoute un nouveau coup de chaud dévastateur
Le manque de pluie aggravé par la canicule fin juin a eu pour effet une baisse rapide du niveau des rivières et de la nappe en Alsace. La sécheresse s'installe plus tôt, au grand dam de l'agriculture déjà victime d'un gros coup de chaleur l'été dernier.

 
Côté grandes cultures, les maïs irrigués gardent leur potentiel - pour l'instant.
En apparence, les campagnes alsaciennes n'offrent pas (encore ?) le spectacle de désolation du mois d'août 2018. Dans la plaine, les tourniquets arrosent un maïs fringant. À quelques encablures de Sélestat, un troupeau de bovins broute une herbe rase et déjà jaune. Le Giessen est à sec à certains endroits, mais il n'est pas le seul. Dans le vignoble de la Harth de Colmar, le passage d'un tracteur soulève un nuage de poussière sur son passage. Quelques instantanés d'une nature en panne sèche. « Nous sommes en juillet. Et on n'avait jamais eu une situation comme ça avec une baisse du niveau des cours d'eau, des prairies qui jaunissent », relève Patrice Denis, conseiller irrigation à la chambre d'agriculture d'Alsace.
Un an de déficit pluviométrique

Une situation que Gérard Lorber, secrétaire de la FDSEA et du Bas-Rhin, juge «plus grave que l'an dernier ». « Ça fait un an, dit-il, qu'on est en déficit pluviométrique, y compris l'hiver. Les réserves d'eau ont diminué dans le sol. On a quinze jours de retard végétatif, après un mois de mai frais suivi d'une canicule brutale à un moment où la nature ne s'y attendait pas ». Mais tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne. Le sud et le piémont des Vosges sont plus impactés par la sécheresse que le Centre-Alsace ». Pour celui qui est aussi président du syndicat des irrigants 67, on s'achemine vers « une deuxième année consécutive assez catastrophique pour l'agriculture ».

Côté grandes cultures, les maïs irrigués gardent leur potentiel « pour l'instant », mais avec l'épée de Damoclès d'un déficit hydrique qui ferait chuter les rendements. Dans les secteurs non irrigables, comme l'Alsace Bossue ou le Kochersberg, certains maïs sont en piteux état », soupire Gérard Lorber. «Heureusement dit-il, la récolte de blé a été correcte».

Dans les deux départements alsaciens, le préfet a pris des mesures de restriction de l'eau compte tenu de la baisse du niveau de la nappe et de l'assèchement de certains cours d'eau (DNA du 17 juillet pour le Bas-Rhin). Les prélèvements dans les rivières pour l'irrigation agricole sont limités, notamment avec l'organisation d'un tour d'eau pour ne pas aggraver la situation. Vu l'urgence, les agriculteurs se sont entendus pour ne pas pomper tout en même temps et réduire les volumes prélevés de 50 %. Ceux de la Doller, une rivière exclue des restrictions, ont mis « volontairement » en place des tours d'eau.

« Les captages dans les cours d'eau concernent souvent les cultures spéciales comme le maraîchage, la betterave ou le soja », souligne Gérard Lorber. La majeure partie de l'irrigation agricole se fait dans la nappe phréatique. Et pour l'instant, celle-ci reste à un niveau correct . Mais la situation est contrastée selon les secteurs » concède-t-il. Dans la région de Colmar, la nappe a baissé de deux centimètres par rapport à la normale, « mais pas de façon dramatique », selon la profession.
Une canicule très précoce

N'empêche, le spectre de la sécheresse de l'été 2018 qui avait grillé les prairies, privé les exploitations de regain, entamé les réserves d'ensilage, plane chez les éleveurs. « L'épisode caniculaire a été plus précoce qu'en 2018, même s'il a duré moins longtemps », note Jonathan Dahmani, conseiller à la chambre d'agriculture d'Alsace. Mais, prévient-il, « l'approvisionnement en fourrage va devenir compliqué avec le manque de pousse d'herbe qui empêche de faire plusieurs coupes et des stocks pour l'hiver ». Le vignoble aussi a soif. Avec le déficit de précipitations de ces derniers mois, amplifié par le coup de chaud de fin juin-début juillet, les vignes sont en état de stress hydrique dans les sols sablonneux de la région colmarienne.

« L'inquiétude de la ferme Alsace concerne les cultures et l'élevage dans les zones non irriguées comme l'Alsace Bossue », résume Patrice Denis. Et si la situation est réversible, les prévisions météo d'un nouvel épisode caniculaire la semaine prochaine, et l'absence de pluies significatives- « 30 mm seraient bienvenus »- ne sont pas de nature à rassurer les agriculteurs.
Isabelle NASSOY Lire aussi en page 2.

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