Colmar Des ossements qui dateraient du XIV e siècle

Publié dans le panorama le Jeudi 18 juillet 2019 à 06:14:50

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Colmar Des ossements qui dateraient du XIV e siècle
 

 
Bertrand Béhague, ingénieur d'études et archéologue à la Drac, est descendu dans la tranchée pour examiner le lieu et procéder aux prélèvements. Photos L'Alsace /Alice Herry
Quand les ouvriers de l'entreprise chargée de travaux de raccordement du lycée Saint-André au chauffage urbain ont ouvert la tranchée de la rue de Thann, à l'oblique de la place Haslinger, ils sont tombés sur un os. Puis sur deux, puis sur quelques dizaines. Mis au jour, ils sont restés là depuis une semaine, alors que le chantier à cet endroit précis a été arrêté immédiatement. Dans la paroi ouverte, à environ 80 centimètres de la surface, on distingue ainsi de nombreux ossements, des têtes de radius, des mandibules avec des dents, des morceaux de crânes, des bouts de cercueils, etc. Rien n'a bougé pendant une semaine (notre édition d'hier). Et puis ce mercredi matin, un archéologue est venu sur place où il était attendu par l'adjoint au maire Jean-Paul Sissler, deux représentants de Colmar Chauffage, organisme dont l'élu est également le président, et deux responsables du chantier qui court toujours à quelques dizaines de mètres de là.
À livrer avant la rentrée

Les travaux, qui ont démarré il y a quinze jours, ont pour objectif de relier le lycée Saint-André au chauffage de la ville. Les anciennes chaudières ont déjà été déposées, raison pour laquelle il est impératif que le raccordement soit fait au plus tard pour la rentrée scolaire. Le retard que va prendre le chantier en raison de la suspension des manoeuvres à l'endroit où les restes de squelettes ont fait leur apparition, risque de poser problème au cas où les températures de septembre nécessiteraient le recours au chauffage. Mais pour l'instant on n'en est pas là !

Bertrand Béhague, ingénieur d'études du service régional de l'archéologie - pôle patrimoine - auprès de la direction régionale des affaires culturelles (Drac), n'a mis que quelques secondes pour distinguer qu'il s'agissait d'ossements humains. Sans doute les restes d'un ossuaire disposé là, sous terre, à environ un mètre de profondeur. Cela était généralement la règle quand on déplaçait des cimetières des centres-villes vers l'extérieur. L'autre possibilité, lorsque l'on se trouve face à une telle découverte, est que les ossements relèvent d'une sépulture de catastrophe, qui était d'usage en cas d'épidémies. Dans le premier cas les os sont épars, dans le second ils sont en connexion, c'est-à-dire entiers ou presque.
Le recours aux fouilles de sauvetage n'est pas décidé

Le spécialiste a consulté sur place la littérature ancienne qu'il avait emportée avec lui, et a pu déterminer rapidement qu'à l'endroit où s'est fait la découverte se trouvait jadis un cimetière aménagé autour de la chapelle Sainte-Anne. A priori, à partir de 1317, il a été demandé aux hospitaliers de ne plus enterrer les morts aux abords de l'établissement. Il convenait de libérer de l'espace à l'intérieur de la ville fortifiée où le cimetière était devenu trop étroit.

Le nouveau lieu de sépulture est ouvert au début du XIVe siècle. Il sera plusieurs fois agrandi, deviendra le cimetière principal de Colmar aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis sera définitivement fermé en 1870. Les ossements libérés ces jours-ci proviendraient d'une fosse ossuaire - un ossuaire non religieux puisque sans bâtiment - formée à l'occasion de l'un des nombreux réaménagements du cimetière.

La suite consistera à mettre en place une surveillance avec des archéologues qui accompagneront le creusement lorsque celui-ci pourra reprendre. Pour l'instant, il n'a pas été décidé de recourir à la procédure de fouilles de sauvetage. Explorer cinq à six tombes, soit environ dix mètres carrés, sur un terrain de plusieurs milliers de mètres carrés n'est pas forcément pertinent. L'intérêt scientifique reste à démontrer.

Si toutefois la procédure est lancée, il faudra compter plusieurs semaines avant la reprise des travaux en ces lieux, « début septembre en principe, mais on va tâcher de faire plus vite » indique Bertrand Béhague. Dans ce cas-là, certains des os seront datés pour confirmer les premières constatations, et l'archéologue établira un cahier des charges, documentera la découverte et la contextualisera, ce qui prendra une quinzaine de jours.

Puis seront lancés des appels d'offres à trois opérateurs, qui établiront des devis et surtout des dates d'exécution. Si la procédure de fouilles de sauvetage n'est pas retenue, le chantier pourra reprendre bien plus rapidement. Les travaux n'étant pas contraints, au départ, à une autorisation du service d'archéologie, le coût du suivi et de l'expertise reviendra à l'État. On parle là d'une découverte fortuite, donc non prévisible. Même si, en 1994 déjà, des ossements avaient été découverts à l'autre bout de la place.
Jean-Luc Will PLUS WEB Voir notre diaporama sur lalsace.fr LIRE L'article de Pierre Brunel sur le site de la BNF (gallica.bnf.fr)