Dominicains : Judith a triomphé

Publié dans le panorama le Mercredi 17 juillet 2019 à 06:49:37

© L'alsace, Mercredi le 17 Juillet 2019
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Dominicains : Judith a triomphé

 
Mais cela était dû au fait que les Dominicains avaient adopté leur « tenue d'été », et qu'il n'était pas question de chambouler à chaque fois la disposition de la nef. Le public a ainsi profité autrement du spectacle offert par la trentaine d'élèves présents ce vendredi soir.

Au programme, un seul genre de musique : le chant lyrique, l'opéra, (même si la deuxième partie était un oratorio, prémices, en quelque sorte, de l'opéra) et plus particulièrement l'opéra baroque, autour de Francesco Gasparini, de Benedetto Marcello et surtout d'Antonio Vivaldi. L'auteur des « Quatre saisons » a en effet composé une cinquantaine d'opéras.
Un patchwork d'extraits d'opéra

Pour ce concert, Aude Rothenburger avait réuni les meilleurs des élèves de ses diverses classes de chant de Mulhouse, de Riedisheim et d'Ensisheim, les plus avancés, accompagnés comme toujours par l'ensemble instrumental Arpegio de Riedisheim, baroque, lui aussi, ou par Christiane Jarrige au piano. Un patchwork d'extraits d'opéras divers a constitué une sorte de mise en voix, un échauffement vocal, avant la deuxième partie : une dizaine de partitions de « Juditha Triumphans », Judith triomphante, de Vivaldi : arias ou récitatifs pour solistes, choeurs pour l'ensemble des élèves. On aura apprécié le passage des intonations d'opéras de la première partie à celle des chants plus religieux. L'opéra baroque ne se chante pas comme un opéra romantique. Les intonations sont différentes et les chanteurs ont bien assimilé cette particularité du chant baroque. Les chanteurs, ou plutôt les chanteuses puisque l'oratorio, qui se rapproche en fait beaucoup de l'opéra, bien qu'étant d'inspiration religieuse, a été composé pour les jeunes filles de l'Ospedale della Pietà, une des quatre institutions de la république de Venise faisant à la fois office d'orphelinat, d'hospice et de conservatoire de la Sérénissime.

La version proposée par Aude Rothenburger incluait cependant des voix d'hommes dans le choeur. Depuis Armide, de Jean-Baptiste Lully en 2016, Didon et Enée de Henry Purcell en 2018, les élèves ont eu le temps de travailler et de s'adapter à ce style baroque.
Par amour du chant

Tout juste manquait-il à ces amatrices très éclairées un peu de coffre, un peu de volume pour jouer les vraies divas. Qu'importe. Ce n'est pas leur objectif. Elles chantent par amour du chant, par passion du chant, et avec du travail, cela donne d'excellents résultats. Il existe des mises en scène de cet oratorio. Mais Aude Rothenburger avait préféré garder la partition purement religieuse et décidé de donner l'oratorio quasiment dans sa composition originelle, une composition convenant parfaitement à l'effectif et aux possibilités de ses artistes. Des possibilités qu'Aude Rothenburger sait parfaitement mettre en valeur.
Jean-Marie SCHREIBER