Risque incendie : l'ASN pointe des insuffisances

Publié dans le panorama le Mercredi 17 juillet 2019 à 06:40:08

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Risque incendie : l'ASN pointe des insuffisances
 

 
Après un exercice incendie à la centrale nucléaire de Fessenheim, l'ASN indique que « l'exploitant n'a pas été en mesure de déployer des moyens matériels suffisants ». Archives L'Alsace /Hervé KIELWASSER
« Cette situation n'est pas acceptable » : dans un courrier daté du 4 juillet, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) demande au directeur de la centrale de Fessenheim une « action rapide » afin d'améliorer les moyens de prévention incendie du site.

Cette préconisation fait suite à une inspection inopinée organisée le 20 juin. Ce jour-là, l'ASN a voulu éprouver la réaction des moyens de secours internes du Centre nucléaire de production d'électricité (CNPE) en déployant un scénario particulièrement exigeant : un incendie sur un réservoir de fuel de 500 m3.
Absence de mousse

Si la réactivité et la disponibilité du personnel ont été jugées « excellentes », le gendarme du nucléaire signale que la simulation ne s'est pas passée comme prévu. « L'exploitant n'a pas été en mesure de déployer des moyens matériels suffisants », résume la synthèse de l'inspection, pointant notamment l'absence de mousse, nécessaire pour garder le sinistre sous contrôle durant une heure jusqu'à l'arrivée de renforts extérieurs, alors que la réglementation l'exige.

Le personnel a pris, lors de la simulation, une décision prescrite par une « fiche d'action incendie », à savoir l'utilisation d'eau sans mousse pour contenir l'incendie sur ce réservoir. Les prescriptions de cette fiche sont, selon l'ANS, « inappropriées » car contraires aux consignes d'autres notes dédiées à la gestion des incendies sur le site, qui stipulent que l'eau seule ne doit pas être utilisée pour temporiser un feu sur ce réservoir.

« L'eau est inefficace dans ce type de scénario et est au contraire à proscrire pour éviter l'extension de ce type de feu d'hydrocarbures », s'inquiète l'ASN qui nous indique toutefois que « la mobilisation et les actions des agents lors de l'exercice se sont révélées conformes à la fiche d'intervention. »
« Pas d'autre solution que de laisser l'incendie se développer »

Ce qui est pire pour le gendarme du nucléaire, c'est que les documents d'EDF précisent bien que l'utilisation de mousse n'est en réalité pas possible en cas d'incendie sur le réservoir en question. Il est donc impossible pour l'exploitant de temporiser un feu qui s'y déclencherait. « Le site ne dispose pas d'autre solution que de laisser l'incendie se développer dans l'attente de l'intervention des secours extérieurs », écrit l'ASN.

Rappelant que l'installation, installée hors zone nucléaire, « n'affecte pas directement la sûreté des réacteurs », le chef de la division de Strasbourg de l'Autorité souligne néanmoins la présence à proximité d'autres réservoirs, destinés à l'alimentation de groupes électrogènes de secours, et pouvant être touchés par effet domino.

Il demande à EDF des actions immédiates et à moyen terme (sous 15 jours). Notamment la mise en oeuvre des moyens nécessaires à la temporisation d'un feu sur le réservoir de 500 m3 (donc avec de la mousse), et la mise à jour des fiches d'action incendie à destination du personnel. « Vous veillerez à faire explicitement mention de l'interdiction d'arrosage à l'eau d'un feu d'hydrocarbures [...] », tacle l'ASN.
Des moyens complémentaires mis en place « aussitôt »

Dans sa lettre d'information datée du 11 juillet, EDF considère que cet événement est « sans conséquence pour la sûreté, la sécurité des intervenants et l'environnement ». L'exploitant signale avoir émis le 9 juillet un signalement classé « au niveau 0 de l'échelle INES qui en compte 7 », et avoir aussitôt procédé à la « mise en place de moyens complémentaires ».