La nappe phréatique historiquement basse

Publié dans le panorama le Mercredi 17 juillet 2019 à 06:37:49

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La nappe phréatique historiquement basse
 

 
Pour la première fois, des communes situées en bordure ouest de la nappe, dans une zone allant de Mulhouse à Saint-Louis, sont concernées par des arrêtés de sécheresse du type de ceux qui ont été pris vendredi 12 juillet par le préfet du Haut-Rhin. Photo L'Alsace /C.F.
La situation est exceptionnelle. Jamais jusqu'alors l'Association pour la protection de la nappe phréatique de la plaine d'Alsace (Aprona) n'avait mesuré la nappe à un niveau aussi bas sur son puits de Habsheim. Ici, sur le point de mesure le plus ancien de l'Aprona dans le secteur sud Alsace (le puits est surveillé depuis 1955), la nappe est actuellement à environ 12 m de profondeur, « contre 8,50 m en moyenne à la même période », indique Fabien Toulet, chargé de mission au sein de l'association.
Une situation contrastée à l'échelle de la région

Plus globalement, c'est dans toute une zone sud-est du département du Haut-Rhin, allant de Mulhouse à Saint-Louis, que « les niveaux sont bas, voire extrêmement bas ».

À l'échelle de la région, « l'évolution des niveaux moyens de juin par rapport à ceux de mai est variable selon les secteurs », poursuit Fabien Toulet. Si bien que ce qui est vrai dans cette zone sud-est du département ne l'est pas forcément ailleurs. « Le long de la bande rhénane, le niveau moyen de la nappe est globalement stable, parfois un peu inférieur, parfois proche de la normale », détaille-t-il. Dans le sud-ouest du Haut-Rhin aussi la nappe « se maintient » grâce au soutien d'étiage des barrages de Kruth-Wildenstein et de Michelbach, par exemple. Enfin, dans le Bas-Rhin, « il n'y a pas de sécheresse marquée au 1er juillet. Les niveaux moyens mensuels, bien que majoritairement à la baisse, sont autour de la normale. »
Une accumulation de facteurs « négatifs » dans le sud-est du département

Mais alors, pourquoi la nappe est-elle aussi basse à Habsheim ? Si le niveau diminue, c'est d'abord parce que les précipitations - qui alimentent la nappe - sont déficitaires depuis plusieurs mois sur l'ensemble de la région (lire encadré). « Sur les quatre dernières années, trois sont déficitaires en termes de pluviométrie », expose Fabien Toulet.

À ce déficit s'ajoutent, pour les puits de Habsheim et ceux situés aux alentours, deux facteurs propres au territoire. Ici, la nappe est plus profonde qu'ailleurs dans la région. « Elle se situe en moyenne entre 10 et 20 m sous terre, contre 1 à 5 m, dans le Bas-Rhin », indique Didier Lihrmann, responsable du réseau piézométrique de l'Aprona (la piézométrie désigne la mesure de la profondeur de la surface de la nappe). Les eaux de pluies mettent donc plus de temps à s'infiltrer pour rejoindre la nappe. Cela sans compter que les dernières « faibles précipitations » ont directement été absorbées par la végétation avant d'avoir atteint la nappe.

Et puis, le réseau hydrographique - les cours d'eau qui participent également à l'alimentation de la nappe - est moins dense dans le Haut-Rhin que dans le Bas-Rhin.

Conséquence immédiate de cet état de fait, le préfet du Haut-Rhin a pris, ce vendredi 12 juillet, des arrêtés « portant limitation provisoire de certains usages de l'eau ». Ils sont, pour l'heure, applicables pour une période allant jusqu'au 14 octobre. « Pour la première fois, des communes situées en bordure ouest de la nappe (Bartenheim, Dietwiller, Habsheim, Hégenheim, Hésingue, Schlierbach, Sierentz, etc.) sont concernées par des arrêtés de ce type » relève Fabien Toulet. Autre élément à noter, « ces arrêtés ne portent pas sur des préconisations, mais directement sur des interdictions ».
Des mesures à envisager sur le long terme

Cette situation est-elle inquiétante ? Pour le moment, « en termes quantitatifs, je ne pense pas », avance prudemment le spécialiste qui indique par ailleurs « qu'il faudra un ou plusieurs hivers, il est trop tôt pour le dire, pour revenir à la normale ». Quoi qu'il en soit, les années sèches se répétant « il faut aujourd'hui mener une réflexion sur le long terme pour préserver la nappe », assure Fabien Toulet. Préserver la nappe, cela veut dire trouver des solutions pour la recharger (en sus des apports naturels issus des précipitations et des cours d'eau) et/ou trouver des moyens pour utiliser moins d'eau.

« Actuellement, la gestion des barrages, qui soutiennent les débits des cours d'eau, est vraiment optimisée. À ma connaissance, poursuit Fabien Toulet, il n'y a pas d'études portant sur d'autres moyens de recharger artificiellement la nappe, en plus de ce qui est déjà fait. »
Le visage agricole alsacien sera-t-il transformé ?

Autre piste, réduire la consommation d'eau. Et là, tous les gestes comptent et l'ensemble de la population est concerné. En témoignent les mesures de restrictions d'usages de l'eau prises par le préfet. Elles s'appliquent aux consommations des particuliers et collectivités (interdiction de remplir des piscines privées, de laver des véhicules, d'arroser des pelouses et espaces verts publics, etc.) et aux consommations des industriels et agricoles. Concernant ces derniers, plusieurs questions sont posées : faut-il irriguer les cultures toute la journée « quand on sait que 20 à 25 % d'eau sont perdus par évaporation selon le moment où l'on arrose ? » Et/ou faut-il revoir la hiérarchie des cultures en Alsace ? Pour des questions de rendements, le maïs, première culture céréalière régionale, a besoin d'être arrosé en juillet et août, quand le blé, deuxième culture alsacienne, a besoin d'eau au printemps, lorsque la pression sur la nappe est moins importante. Le débat est ouvert, il pourrait amener à une transformation du visage agricole de la région dans les années à venir.
Cécile FELLMANN PLUS WEB Consulter la carte de situation des niveaux de la nappe dans le sud du Haut-Rhin au 1er juillet 2019 et les arrêtés préfectoraux du 12 juillet 2019 sur le site www.lalsace.fr. SUIVRE L'Aprona publie tous les mois des bulletins hydrologiques de la région Alsace sur son site www.aprona.net.