François de Rugy quitte la table

Publié dans le panorama le Mercredi 17 juillet 2019 à 06:29:17

© Dna, Mercredi le 17 Juillet 2019
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Politique Après une semaine de polémiques
François de Rugy quitte la table
Acculé par de nouvelles révélations sur ses frais de mandats après l'affaire des dîners aux homards et du dressing luxueux, François de Rugy a démissionné. Il était moralement indéfendable et politiquement isolé mais pour l'exécutif, c'est un coup dur.
 

 
« Je ne suis pas en mesure d'assumer sereinement et efficacement la mission que m'ont confiée le Président de la République et le Premier ministre » : le timing de la démission de François de Rugy a surpris tout le monde.

Elle intervient ce mardi avant le résultat des investigations lancées par l'Assemblée nationale et par les services du Premier ministre sur les invités qui ont eu le privilège de manger du homard géant à l'hôtel de Lassay et sur les travaux de rénovation de l'appartement de fonction au ministère. Pour l'instant, aucun détournement d'argent public n'est avéré.
Le beurre et l'argent du beurre

Le numéro deux du gouvernement a lui-même annoncé son départ sur Facebook. Il devançait les nouvelles révélations du site Mediapart sur l'usage de son indemnité de frais de mandat (IRFM) lorsqu'il était député. Il aurait en effet utilisé cette enveloppe pour payer en partie ses cotisations d'élu à Europe Écologie - les Verts quand il en était membre. Financer des partis politiques n'est pas possible avec l'IRFM, qui est une indemnité et non un revenu, d'autant que François de Rugy avait par ailleurs déduit les versements à son parti de ses impôts. Il profitait donc du beurre, et de l'argent du beurre. Intenable.

Le président de la République a accepté cette démission présentée comme personnelle. Elle était inéluctable tant François de Rugy, 45 ans, député depuis 2007, était affaibli depuis la révélation des dîners fastueux qu'il organisait avec son épouse en 2017 et 2018 à l'hôtel de Lassay quand il présidait l'Assemblée nationale.
Un ministre sans troupes

Le peu de soutien qu'il a reçu de la majorité a été remarqué. Même le président de la République, avait indiqué lundi attendre le résultat des investigations en cours. En matière de soutien, on a vu plus percutant.

Le ministre de la Transition écologique, isolé politiquement, devenait inaudible alors même que l'acte 2 du quinquennat doit mettre l'écologie au coeur de l'action du gouvernement. Il en a tiré les conséquences qui s'imposaient et a proposé sa démission au Premier ministre mardi à la mi-journée.
« Homard m'a tuer »

Pour Édouard Philippe et Emmanuel Macron, c'est un coup dur. L'affaire de Rugy assombrit un été qui s'annonçait plutôt clément, un an après le cauchemar Benalla. La crise des gilets jaunes s'est tassée, les européennes n'ont pas été catastrophiques et la cote de popularité de l'exécutif remonte.Tout ceci a été balayé par des photos de homards géants, de bouteilles de grands crus bordelais, de cuillères en or et de pétales de roses rouges sur des nappes immaculées. Photos opportunément envoyées à des journalistes. Après la crise des gilets jaunes, cet étalage de luxe dans les palais de la République n'est plus toléré par l'opinion publique qui demande à ses dirigeants d'être exemplaires et comptables de l'argent public. L'expression « Homard m'a tuer » sur les réseaux sociaux, a fini de ridiculiser le ministre, impuissant à construire une défense crédible (lire ci dessous).
L'ambitieux pris au piège

François de Rugy quitte le gouvernement par la toute petite porte, dénonce « un lynchage médiatique » pour mieux se défendre et dépose plainte contre Mediapart qu'il accuse d'acharnement. Mais sa carrière politique est désormais derrière lui.

Lui, l'ambitieux écolo pragmatique qui s'est présenté à la primaire PS avant de rejoindre Emmanuel Macron, s'est fait beaucoup d'ennemis, agacés par un parcours jugé opportuniste. Pourtant, François de Rugy est paradoxalement le président de l'Assemblée nationale qui a le plus réformé l'institution et qui a baissé les frais de représentation de la présidence.

Il n'en sera pas remercié, éclaboussé par des crustacés. Pourtant il dit ne pas les aimer.
Nathalie MAURET