Crise hospitalière : la variable frontalière

Publié dans le panorama le Mercredi 17 juillet 2019 à 06:01:24

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Santé Dans le Haut-Rhin
Crise hospitalière : la variable frontalière
Alors que la France vient de ratifier un accord-cadre avec la Suisse permettant denouveaux partenariats en matière de santé, le Comité de défense des travailleurs frontaliers appelle sesadhérents à se faire soignerà Bâle, pour contribuer au désengorgement des infrastructures haut-rhinoises.
 

 
Lors d'une manifestation, en mai dernier. Le personnel des urgences du Groupe hospitalier de la région de Mulhouse et Sud Alsace (GHRMSA) est mobilisé depuis fin avril pour dénoncer la dégradation des conditions de travail et de l'accueil des patients.
Jean-Luc Johaneck a fait une nouvelle démonstration de sa capacité à mobiliser ses troupes, en rassemblant plus de 1300 personnes, lors de deux réunions successives, mardi dernier au Palais Beau-Bourg de Blotzheim. L'invitation tombait pourtant au début des vacances estivales, et l'exposé des motifs, bien que très long, n'était délibérément pas des plus limpides.

Passionné par les questions de santé, aiguillonné par le récent rapport du député haut-rhinois Bruno Fuchs, mais aussi plusieurs années de bras-de-fer avec l'État sur la question de la double affiliation et le sentiment d'un manque de considération de la part des pouvoirs publics, le président du Comité de défense des travailleurs frontaliers (CDTF) a souhaité sortir de son rôle de représentant d'une catégorie jugée privilégiée pour « essayer d'être utile » et servir l'intérêt général.

Sceptique sur ce qui pourrait sortir de l'accord-cadre sur la coopération sanitaire signé en 2016 entre Paris et Berne, et enfin ratifié par le parlement français (lire ci-dessous), il a mis sur la table des solutions « de bon sens », et immédiates, pour contribuer à résorber la crise des soins médicaux dans le Sud Alsace.

En tout premier lieu, Jean-Luc Johaneck invite les travailleurs frontaliers alsaciens qui sont assurés en Suisse à se faire soigner à Bâle plutôt qu'à Mulhouse. Pour ceux qui habitent le sud du Haut-Rhin, la distance peut être moins grande, et les conséquences moins dramatiques en cas d'urgence. Les délais moyens de consultation des spécialistes et d'obtention d'un rendez-vous pour des examens pointus comme les IRM seraient de quelques jours, au lieu de plusieurs mois côté français. En cas de maladie grave, l'intérêt d'une prise en charge précoce est évident.
« Une chance à saisirpour la région »

« Paradoxalement, le choix de l'assurance maladie suisse par des milliers de frontaliers est à présent une chance à saisir pour la région », observe Jean-Luc Johaneck. En outre, qu'ils soient affiliés à l'assurance maladie suisse ou non, tous les travailleurs frontaliers sont assurés en Suisse pour les accidents (au travail et en dehors) et les maladies professionnelles. « Ils peuvent donc également se faire soigner à Bâle dans ces situations. »

Pour les assurés à la Lamal suisse, aux cotisations mensuelles s'ajoute une franchise annuelle d'au moins 300 francs, plus une « quote-part » d'environ 10 % des frais remboursés par la compagnie d'assurances dans l'année. En contrepartie, les conditions d'hospitalisation seraient bien plus confortables et les prestations haut de gamme. « Payez-vous le luxe de vous faire soigner en Suisse si vous en avez les moyens », exhorte Jean-Luc Johaneck.

Sans céder au « Mulhouse bashing » - « certains services fonctionnent très bien, il n'est pas question de jeter l'opprobre » -, il souligne que les infrastructures hospitalières bâloises sont du niveau des grandes métropoles hexagonales. « Pour trouver un équivalent en termes de soins, il faut monter à Strasbourg », abonde Eric Pflimlin, un des sous-directeurs de Clarunis, centre de compétences conjoint du Claraspitals et de l'hôpital universitaire de Bâle (USB), spécialisé dans les maladies abdominales. Invité à témoigner par le CDTF, cet Alsacien rappelle les investissements importants prévus dans le secteur hospitalier bâlois dans les années à venir, à commencer par le 1,3 milliard d'euros de l'USB.

« L'augmentation du nombre de patients alsaciens ne poserait pas de problème, ajoute Jean-Luc Johaneck. Les hôpitaux que j'ai contactés indiquent même qu'ils sont demandeurs et prêts à adapter leurs tarifs. »

Ce transfert de patients ne pourrait que contribuer au désengorgement des services côté alsacien, estime Jean-Luc Johaneck, qui parle de « responsabilité morale et civique ». « Il ne s'agit pas de dire qu'il faut désormais tout faire en Suisse. Mais la majorité des frontaliers n'est tout simplement pas consciente des choix qui s'offrent à eux. »

Comme dans le récent dossier du choix de l'assurance maladie, le président du CDTF en profite pour critiquer le défaut d'information des autorités sanitaires françaises à l'égard des travailleurs frontaliers - une mission pourtant inscrite noir sur blanc dans l'accord franco-suisse du 7 juillet 2016, conclu pour tenter de régler l'imbroglio de la double affiliation.
Un défaut d'information

Rebondissant sur la pénurie de médicaments qui fait la Une des médias hexagonaux, le président du CDTF rappelle enfin que le droit communautaire permet d'acheter en Allemagne ou en Suisse des médicaments non-disponibles en France. « Il faudra les payer, la carte Vitale ne marche évidemment pas, et il faudra sans doute du temps pour vous faire rembourser, mais cette possibilité existe. »

Donnant rendez-vous à la rentrée, en promettant une liste de contacts bâlois, Jean-Luc Johaneck espère avoir amorcé une dynamique constructive. L'avenir dira combien, parmi ses fidèles, il aura réussi à convaincre.
Olivier BRÉGEARD