Von der Leyen élue de justesse à la tête de la Commission

Publié dans le panorama le Mercredi 17 juillet 2019 à 05:47:17

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Europe Élection
Von der Leyen élue de justesse à la tête de la Commission
Avec seulement 9 voix de plus que la majorité absolue nécessaire, la candidate Allemande a été approuvée hier par le Parlement européen pour prendre la tête de la Commission européenne.
 

 
Ursula von der Leyen lors de son discours mardi au Parlement.
Tout ça en deux semaines ! Hier matin, en écoutant Ursula von der Leyen dérouler son programme de travail pour convaincre les députés européens, on ne manquait pas de se souvenir qu'exactement deux semaines plus tôt, le nom de la ministre allemande n'était pas encore sorti du chapeau. Il n'avait été annoncé qu'en milieu d'après-midi le mardi 2 juillet.

Les chefs d'État et de gouvernement des 28 qui l'ont choisie connaissaient déjà cette membre aguerrie des gouvernements Merkel successifs (présente depuis les débuts de Merkel en 2005). Mais les électeurs européens n'en avaient jamais entendu parler pendant la campagne de mai.
Elle a coché toutes les cases

Et elle-même ? Se doutait-elle, à la fin juin, qu'elle devrait défendre seulement trois semaines plus tard un projet politique pour, excusez du peu, la présidence de la Commission européenne ?

Misère ou miracle de la politique, hier matin devant le Parlement européen, Ursula von der Leyen a coché toutes les cases, comme si un programme d'une telle importance pouvait apparaître par magie.

Pendant son discours de 40 minutes, elle a habilement saupoudré des éléments clefs des programmes des groupes qu'elle voulait convaincre. Un plan climat ambitieux : réduction des émissions de gaz à effet de serre de 50 ou 55 % d'ici 2030 et création une banque d'investissement pour le climat. Un volet social : « Un fonds de transition pour soutenir » les populations qui seront les plus affectées par ces mesures environnementales, des salaires minimums nationaux, un régime de réassurance chômage européen. Aussi, des mesures contre les violences faites aux femmes et pour la parité (à commencer par la Commission qu'elle présidera, qu'elle souhaite strictement paritaire).

De quoi séduire chez les libéraux (déjà acquis) et à gauche, jusqu'aux Verts sans froisser son propre parti (le PPE, conservateur).

Pour ceux qui supposaient qu'elle serait tentée d'aller chercher des voix à la droite du PPE pour assurer son élection, elle a mis, sans le clamer, les choses au point.
« Le devoir de sauver des vies »

Son projet sur les migrations et l'asile n'était pas de nature à séduire ni les eurosceptiques ni l'extrême droite : « La Méditerranée est devenue l'une des frontières les plus meurtrières au monde, nous avons le devoir de sauver des vies », et ce tout en « luttant contre les migrations irrégulières » et en réformant le système de Dublin sur l'asile. Les élus de la Lega (28, plus grande délégation du groupe d'extrême droite ID devant le RN français - 22 élus), qui avaient laissé entendre qu'ils pourraient voter pour elle, ont finalement fait savoir que ce serait non.

Le Mouvement 5 étoiles (14 élus), avec qui la Lega est en coalition à Rome et qui siège chez les non-inscrits à Strasbourg, a en revanche annoncé son intention de voter pour, de même que les conservateurs eurosceptiques du PiS polonais (26 élus parmi les 62 du groupe ECR).

Chez les sociaux-démocrates (154 élus), qui ont eu « un débat intense » en interne hier après-midi, la fracture est restée intacte : deux tiers du groupe a voté pour, un tiers contre. La promesse de reporter encore le Brexit si besoin a visiblement fait mouche chez les 10 soc-dems britanniques, qui ont voté pour. Les Allemands (16) ont voté contre, de même que les 5 Français. Argument avancé par la présidente (espagnole) du groupe pour voter « oui » : « Nous ne voulons pas de crise institutionnelle qui retarde les changements institutionnels dont nous avons besoin. »

Les Verts, qui avaient tout pour être séduits, ont aussi eu un débat animé hier après-midi, mais ont globalement voté contre, comme le résultat serré en atteste. Résultat qui laisse à penser que la candidate n'a pas fait le plein de voix au sein de sa propre famille politique. Le PPE annonçait sa volonté de l'approuver, en toute contradiction avec sa promesse de campagne qu'il ne voterait que pour son candidat désigné, Manfred Weber, recalé en juin par les chefs d'État. Le souvenir de cet engagement l'a peut-être emporté chez certains au moment de cocher « oui » ou « non » sur leur bulletin secret.
Anne-Camille BECKELYNCK