UE Incertitude pour von der Leyen

Publié dans le panorama le Mardi 16 juillet 2019 à 06:20:44

© L'alsace, Mardi le 16 Juillet 2019
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UE Incertitude pour von der Leyen
 

 
Ursula von der Leyen. Si le vote ne passe pas, le Conseil européen aura un mois pour trouver d'autres candidats.  Photo Tobias SCHWARZ / AFP
Strasbourg

Avec des « si », on mettrait Paris en bouteille... et Bruxelles en carafe. Depuis deux semaines, on met des « si » sur le nom d'Ursula von der Leyen. Combien de voix recueillera-t-elle ce mardi soir ? Quel que soit le nombre d'eurodéputés qui se rendront aux urnes à 18 heures (le scrutin aura lieu à bulletins secrets, sur papier), il lui faut la majorité absolue des voix du Parlement. En ce début de législature, il compte 747 membres (au lieu de 751 : manquent un Danois et les trois élus catalans que Madrid refuse d'investir). Il faudra donc 374 voix à la ministre allemande pour être confirmée présidente de la Commission.
Un compte très juste

Alors on fait les comptes. Si tout le groupe PPE (conservateurs, la famille politique à laquelle elle appartient) vote pour elle : 182 voix. Mais seulement « si ». Car certains pourraient faire défection au sein du groupe, comme les Hongrois (13 élus, issus du Fidesz de Viktor Orban) qui pourraient mal voir sa promesse de conditionner les aides européennes au respect de l'État de droit. Ou quelques réfractaires qui ne digèrent pas qu'on écarte le candidat du PPE, Allemand lui aussi, Manfred Weber, désigné comme candidat officiel à la présidence de la Commission et présenté comme tel aux électeurs pendant la campagne pour les européennes de mai.

Si le groupe social-démocrate vote pour elle : 154 voix. Ce « si » est encore plus incertain. Le deuxième groupe du Parlement est censé faire « grande coalition » avec le PPE. Les chefs d'État ont choisi, en même temps que von der Leyen, le social-démocrate espagnol Josep Borrell pour le poste de haut-représentant pour les Affaires étrangères de l'UE. Les socialistes espagnols (20 élus), suivis par leurs voisins portugais (9 élus), sont d'accord avec le « paquet ». Mais tout leur groupe ne les suit pas, et la question a même provoqué des débats plus que virulents au sein du groupe (DNA du 4 juillet).
Besoin des voix eurosceptiques ?

Malgré les nombreuses promesses politiques faites au groupe SD (un plan climat de réduction de 55 % des gaz à effets de serre d'ici 2030, une réforme du système de Dublin sur l'asile, un droit d'initiative législative pour le Parlement européen...), certains font savoir qu'elle n'aura pas leurs votes, notamment les Français (5 élus) et Belges (3). Un tiers du groupe pourrait les suivre. Le « si » du groupe SD ne vaut peut-être qu'une centaine de voix.

Les libéraux (108 élus) devraient voter pour elle, contrairement aux Verts (74) et à l'extrême gauche (GUE, 41). Ce qui fait que le compte est juste. Ursula von der Leyen risque donc de devoir compter sur des voix eurosceptiques, probables au sein de certaines délégations.

Côté extrême droite, il n'est pas impossible que certains élus profitent du secret du scrutin pour voter pour celle qu'ils auront besoin de pouvoir honnir ensuite, dénonçant au passage les petits arrangements entre chefs d'État dont elle est le produit. Un vote « utile », en quelque sorte...

Pour convaincre les derniers indécis, Ursula von der Leyen, arrivée à Strasbourg dès lundi, passera ce mardi matin 3h30 en plénière pour un débat avec les eurodéputés. Elle en a déjà rencontré la plupart lors d'auditions par les différents groupes politiques, et leur a écrit pour fixer ses engagements. Lundi soir, elle a aussi annoncé que quoi qu'il advienne ce mardi elle démissionnerait de son poste de ministre allemande de la Défense dès mercredi.

Si le vote ne passe pas, elle n'aura donc plus de fonction. Et le Conseil européen, lui, aura à nouveau du pain sur la planche : un mois pour trouver d'autres candidats et les proposer à tous les « si » de ce Parlement sans majorité. Avec le risque que Bruxelles se retrouve en carafe...
Anne-Camille BECKELYNCK