Colmar Ferveur et spiritualité pour le concert de clôture

Publié dans le panorama le Mardi 16 juillet 2019 à 06:18:38

© L'alsace, Mardi le 16 Juillet 2019
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Colmar Ferveur et spiritualité pour le concert de clôture
 

 
Anna Aglatova, soprano, Alexey Neklyudov, ténor et Vasily Ladyuk, baryton, solistes du NPR, lors du concert de clôture du festival 2019. Photo DNA /B. FZ.
En apprenant au début de concert que disparaissait du programme La Nuit sur le mont Chauve de Moussorgski, l'auditeur n'a pu que concevoir une réelle déception : cette page aurait constitué le point d'orgue de l'hommage au chef Claudio Abbado qui, avec le Philharmonique de Berlin, avait fait revivre la version pour choeur et orchestre, plus dramatique que l'habituelle orchestration de Rimski-Korsakov.

Il est vrai cependant que dans ses débordements diaboliques, elle aurait mal voisiné avec la cantate de Sergeï Taneïev Saint Jean Damascène. C'est donc sur cet adagio tout à la fois serein et solennel que s'est ouvert le concert. Vladimir Spivakov dirigeait son Philharmonique de Russie et l'incomparable Choeur académique « Maîtres de Chant choral » de Moscou, maintes fois applaudis à Colmar.
Dans la ligne de Bachet Mendelssohn

Solennité, ferveur et magnificence ont habité ce premier mouvement où s'est lue avec évidence l'influence de Bach et Mendelssohn sur Taneïev. Une page a capella a offert un hymne rituel russe d'une grande beauté ; le chant d'imploration a pris une dimension imposante avant la fugue finale, d'une justesse irréprochable.

On a pu lui reprocher son caractère académique et une inspiration peu novatrice pour une oeuvre de 1884. Mais elle a incontestablement séduit par la ferveur de l'interprétation, entre les élans grandioses et l'évanescente coda.

En deuxième partie, Vladimir Spivakov a repris Les Cloches de Rachmaninov. Ce grand poème symphonique avec voix solistes et choeurs décrit en quatre mouvements les âges de la vie. Le ténor Alexey Neklyudov a chanté l'enfance avec un entrain juvénile, tour à tour tendre et emphatique.
Les quatre âges de la vie

Les lumineux carillons d'un orchestre guilleret ont traversé ce mouvement rayonnant. Puis c'est à nouveau la soprano Anna Aglatova qui, de son timbre chaleureux, à la sensualité vibrante, a évoqué les cloches du mariage, en un chant au lyrisme passionné.

Ouvert sur les sombres accents de la clarinette basse et du saxophone, le troisième mouvement a livré ses éclats terrifiants, ponctués de martiales percussions. La rythmique heurtée, les harmonies discordantes ont conduit vers des paroxysmes d'expression.

Enfin l'évocation de la mort a été confiée au baryton Vasily Ladyuk, tout en puissance et gravité, que l'orchestre et le choeur ont accompagné, soit dans la douloureuse cantilène (admirable cor anglais) rappelant Tristan, soit dans le cri de détresse, avant que survienne une apparence d'apaisement serein. Une oeuvre fascinante, qui a apporté au Festival une conclusion passionnée dans son interprétation et passionnante dans les questions qu'elle soulève.
Jacques WEIL