Soprema produit sa matière première en recyclant bouteilles et barquettes

Publié dans le panorama le Mardi 16 juillet 2019 à 06:01:07

© L'alsace, Mardi le 16 Juillet 2019
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Soprema produit sa matière première en recyclant bouteilles et barquettes
 

 
Les emballages de PET complexes sont acheminés par balles de 1 m3 par Citéo, qui favorise ainsi la constitution d'un flux français de ces déchets ménagers spécifiques et l'évolution de la filière. Pour l'heure, l'unité est approvisionnée gratuitement. Photo DNA /Franck DELHOMME
Créé il y a plus d'un siècle à Strasbourg, le géant des solutions d'étanchéité Soprema s'est engagé il y a plusieurs années pour réduire son utilisation d'énergies fossiles et les substituer par des matières premières éco-sourcées ou recyclées. Le groupe qui se présente désormais comme « leader des solutions pour bâtiments responsables » a notamment développé une membrane 100 % biosourcée, « Mammouth Néo ». Il équipe ses sites de chaudières biomasse et investit tant dans la recherche que dans des start-up oeuvrant dans les domaines du recyclage et de l'économie circulaire.

Avec Sopraloop, l'unité de recyclage officiellement inaugurée le 9 juillet à Strasbourg dans le quartier du Port-du-Rhin, le groupe alsacien, qui emploie 7 600 collaborateurs dans le monde, franchit un nouveau cap. « Nous commençons à devenir producteurs de matière première, ce qui est un moyen d'être indépendants des produits pétro-sourcés », affirme le PDG Pierre-Etienne Bindschedler.

Photo DNA /Franck Delhomme
Le déchet comme ressource

Dans cet ancien entrepôt logistique de 25 000 m², Soprema exploite comme une ressource des déchets ménagers plastiques pour les transformer en polyols, l'un des composants principaux des mousses isolantes en polyuréthane pour le bâtiment produites par le groupe. Pas n'importe quels déchets plastiques : des PET complexes. Autrement dit des plastiques combinés à d'autres plastiques, tels que des bouteilles opaques ou des barquettes alimentaires, pour lesquels la filière de recyclage est encore inexistante. En résumé, même jetées dans le conteneur dédié au recyclage du plastique, nos bouteilles de lait étaient jusqu'ici promises à l'incinération ou à l'enfouissement : en France, seul 26 % du plastique est actuellement recyclé et 130 000 tonnes de déchets de PET ne le sont pas chaque année.

Pour mener à bien ce projet, une « première mondiale » selon le groupe, Soprema a bénéficié de l'accompagnement de l'entreprise Citéo, spécialisée dans la collecte et la revalorisation des déchets. Elle approvisionne - gratuitement pour l'heure - l'unité de recyclage de ces fameux plastiques PET complexes et favorise ainsi la constitution d'un flux spécifique jusqu'ici inexistant en France. « Ces nouvelles solutions ne seront jamais viables si l'ensemble de la chaîne de valeur ne s'aligne pas », insiste François China, directeur industriel de Soprema, pour lequel c'est justement « l'alliance du monde du recyclage et du monde de la chimie » qui permet à ce procédé innovant d'exister.

Pour sa première année de fonctionnement, Sopraloop devrait traiter 3 000 tonnes de déchets PET et produire environ 5 500 tonnes de polyols. « L'idée est de doubler la production d'ici cinq ans, puis de dupliquer cette solution sur un autre site », détaille François China.

L'unité de transformations des paillettes de PET en polyol. Photo DNA /Franck Delhomme
7 millions d'euros d'investissement

L'unité de recyclage Sopraloop a nécessité un investissement de 7 millions d'euros, qui comprend une subvention de l'Ademe dans le cadre du programme d'investissements d'avenir (PIA). Elle mobilise actuellement 15 personnes, effectif qui devrait doubler à moyen terme. Quant au polyol, il est produit ici à des coûts « comparables à la matière vierge », note le directeur de l'usine Matthieu Chalier, mais Soprema s'affranchit avec ce mode de production des variations du marché de la pétrochimie et des fluctuations de tarif.

Le polyol issu du process Sopraloop. Plus « verdâtre » mais tout aussi efficient. Photo DNA /Franck Delhomme

L'unité Sopraloop desservira dans l'immédiat les usines de polyuréthane Soprema de Saint-Julien-du-Sault (Yonne) et Hof (Bavière). Mais le groupe n'exclut pas la vente de son polyol et pourrait bien faire émerger d'autres projets de recyclage sur ce même site où seule la moitié de la surface est aujourd'hui exploitée.
Hélène DAVID