14-Juillet : un défilé terni par des sifflets et des tensions

Publié dans le panorama le Lundi 15 juillet 2019 à 06:24:10

© L'alsace, Lundi le 15 Juillet 2019
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14-Juillet : un défilé terni par des sifflets et des tensions
 

 
Le président de la République a salué la foule massée sur les Champs-Élysées depuis un véhicule militaire découvert aux côtés du général François Lecointre, chef d'état-major des armées . Photo AFP/Eliot BLONDET
Huit heures du matin. Les premiers badauds se bousculent déjà pour assister au défilé du 14-Juillet sur la plus belle avenue du monde. Les invités avec un carton d'entrée font la queue près de la Madeleine. Les autres doivent remonter quelques rues plus loin. 9 heures : le défilé n'a pas encore commencé mais on sent l'impatience des spectateurs toujours bloqués par les cordons de forces de l'ordre qui fouillent un à un les visiteurs.

9 h 30. La colère se fait sentir chez ceux qui sont toujours à l'extérieur du périmètre des Champs-Élysées. Certains sortent leur téléphone portable pour suivre les premières minutes du défilé sur leur écran. « On est venus pour rien. J'ai la sensation qu'on est en train de se faire voler notre fête nationale, surtout quand on voit combien nous coûte l'armée », déplore Olivier, 47 ans, venu de banlieue avec sa famille. « C'est à cause des gilets jaunes. Moi j'étais plutôt contre le mouvement mais je comprends leur ras-le-bol quand je vois cette façon de mépriser le peuple. »
Drapeau tricolore et publicité pour le recrutement

10 heures : Emmanuel Macron descend l'avenue dans un « command car » découverte, aux côtés du général François Lecointre, chef d'état-major des armées. Le président de la République est hué sur son passage par une partie de la foule. Le chef de l'État a-t-il entendu les sifflets ? Le Premier ministre, Édouard Philippe, assure lui n'avoir rien entendu de la tribune présidentielle où il était. « Je ne doute pas qu'un certain nombre de gens ont voulu exprimer leur opinion. L'important c'est que le défilé se soit bien passé et que nous ayons pu exprimer notre reconnaissance et notre confiance aux armées et à leurs blessés », réagit un peu plus tard le chef du gouvernement tout en refusant de répondre aux questions suivantes. Des « Macron démission ! » se font entendre çà et là, mais ils restent isolés. La foule préfère agiter les milliers de petits drapeaux tricolores distribués aux abords des Champs-Élysées avec ce message publicitaire habilement imprimé au verso : « L'armée recrute ».
Une drôle de machine volante

« Ce n'est pas le lieu ni le jour pour venir manifester. Le 14-Juillet doit rester un jour de cohésion nationale et de soutien à l'armée, un des piliers de notre démocratie », souligne Reine, 70 ans, bien qu'elle soutienne les revendications des gilets jaunes contre les injustices sociales. La septuagénaire qui habite en région parisienne approuve le thème de cette année sur la coopération militaire européenne. « Il faudrait une grande armée européenne contre les blocs Chine et États-Unis », avance-t-elle.

Reine fait partie de ces milliers de personnes empêchées d'approcher des Champs-Élysées. Pour elles, le défilé s'est résumé au spectacle de la parade aérienne en levant les yeux vers le ciel. Beaucoup n'ont pas pu voir non plus le clou du spectacle : le « flyboard » du champion du monde de jet-ski Franky Zapata qui a survolé les Champs-Élysées fusil à la main à plusieurs dizaines de mètres de hauteur. Les forces spéciales s'intéressent beaucoup à cette drôle de machine volante propulsée par des mini-turboréacteurs, une des innovations mises en avant lors du 14-Juillet.

10 h 30. Des gilets jaunes qui ont trompé la vigilance des forces de l'ordre en se passant de leur chasuble fluo commencent à scander des chants contestataires. Ils sont rapidement dispersés et se regroupent dans une rue parallèle, alors que le défilé militaire vient de s'achever sans heurt.
Luc CHAILLOT et Nino SUBIAZ