Stocamine ou la course contre le temps

Publié dans le panorama le Vendredi 05 juillet 2019 à 05:42:33

© Dna, Vendredi le 05 Juillet 2019
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Environnement  Wittelsheim
Stocamine ou la course contre le temps
Alors que le ministre de l'Écologie a commandé un rapport de faisabilité d'un déstockage complémentaire, les travaux de confinement de Stocamine ont débuté. Reportage au fond de la mine, à 535 mètres sous terre, à Wittelsheim.
 

 
Francis Hamerla, le délégué mineur, devant une galerie dont le toit s'est effondré.
Du sel de potasse, il en a été sorti des millions de tonnes durant pratiquement les cent ans qu'a duré l'exploitation des mines de potasse d'Alsace (MDPA). Le sous-sol du Bassin potassique en regorge encore d'ailleurs. Et pourtant, ce sont bien des sacs de sel venu d'Allemagne, destinés aux travaux de confinement, qui redescendent aujourd'hui. Comme un clin d'oeil à ce dossier empoisonné nommé Stocamine où le dramatique le dispute au ridicule. Car presque dix-sept ans après l'incendie qui a mis fin à l'exploitation du centre de stockage, aucune décision définitive n'a été prise concernant les 41 700 tonnes de déchets encore enfouis à Wittelsheim.
Du rafistolage

Il y a pourtant urgence au regard de la détérioration de la situation minière. L'avenir du site est suspendu à une décision politique qui ne sera pas prise avant la rédaction d'un rapport de faisabilité technique et financière demandée par le ministre de la Transition écologique et solidaire, François de Rugy. Une étude dont les résultats ne seront pas connus avant l'année prochaine (lire ci-contre).

En attendant un énième rapport, le rafistolage continue au fond de la mine avec le boulonnage et le cerclage des parois, mais aussi la mise en place de grillages sur parfois plusieurs mètres, voire plusieurs dizaines de mètres, afin d'éviter les effondrements.

Murs soufflés, parois fissurées, toits effondrés n'ont plus rien d'exceptionnel dans cette mine où les galeries se réduisent en moyenne de 8 cm par an. Et dans les blocs de stockage, le resserrement des galeries est en train d'étouffer littéralement les énormes sacs comme les fûts. C'est ce qui rend si complexe tout projet de déstockage, au-delà de la manipulation de produits chimiques dont les contenants pourraient être percés. « L'entrée des blocs n'est pas démonstratrice. La pression est encore plus forte au milieu des allées », assure Sylvain Giesen, responsable des travaux.
Du sel « cicatrisant »

Chaque jour, une cinquantaine de personnes s'activent au fond. Aux 44 mineurs polonais de la société Primetech, anciennement Kopex, chargés de l'entretien minier, s'ajoutent une dizaine des 29 salariés des MDPA et des intervenants extérieurs. Coût de l'opération par jour travaillé : 80 000 EUR. Personne ne l'affirme ouvertement mais plane l'impression que l'État gaspille son argent en reculant sans cesse la décision finale, laissant à la mine le soin de dicter sa loi...

Outre l'entretien de la mine et des accès, deux gros chantiers sont en cours en vue du confinement : la construction d'un barrage pilote (lire ci-dessous) et le creusement d'une galerie de 180 m dans la couche de schiste pour créer une voie exécutoire vers les vieux travaux miniers au cas où un ennoyage devait se produire. Ce à quoi ne croit pas le délégué mineur, Francis Hamerla, pour qui « c'est ouvrir la boîte de Pandore ». « Un siècle de mine a montré qu'il n'y avait pas d'ennoyage. Les mesures sur les puits fermés le démontrent. La particularité d'une mine de potasse d'Alsace est que le sel joue un rôle de cicatrisation », assure le délégué mineur selon qui « relancer le déstockage ferait courir de grands risques au personnel ».

Si la station électrique utilisée pour le déstockage des produits mercuriels est en cours de démontage pour être réutilisée ailleurs, le système d'aérage, lui, est resté en l'état, au cas où l'État décidait de relancer le déstockage. « Le problème est que le savoir-faire minier a disparu », note Thierry Lapp, le délégué mineur suppléant, tout en inspectant les parois. « La plus grosse crainte des gens est la pollution de la nappe phréatique. On prend toutes les précautions pour éviter cela », indique Céline Schumpp. « C'est l'État actionnaire qui décidera s'il faut enfouir ou déstocker.

Les MDPA sont un outil au service de l'État. Nous sommes exploitants miniers, pas experts. C'est pour cela que nous nous entourons de spécialistes », ajoute la liquidatrice amiable et secrétaire générale des MDPA. Pour elle, la solution devra tenir compte de trois éléments fondamentaux : « Le bénéfice environnemental, la sécurité des salariés et les coûts. »
Laurent BODIN PLUS WEB Diaporama photo et version grand format sur notre site internet : www.dna.fr

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