Les eurodéputés s'écharpent sur le choix d'Ursula von der Leyen

Publié dans le panorama le Jeudi 04 juillet 2019 à 06:23:52

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Les eurodéputés s'écharpent sur le choix d'Ursula von der Leyen
 

 
L'Allemande Ursula von der Leyen. Photo AFP / Frédérick FLORIN
Strasbourg.-

Il était encore bien trop tôt, hier, pour qu'Ursula von der Leyen tente l'opération séduction auprès des sociaux-démocrates. Car l'annonce de sa nomination par le Conseil mardi a provoqué des scènes de fureur rares au sein du groupe de gauche, pourtant coutumier des divisions. Les Allemands sont les plus furibards, suivis notamment par les Néerlandais et les Britanniques. Ils s'opposent, vigoureusement, à la partie de leur groupe (menée par les Espagnols, qui sont maintenant la plus grande délégation des S & D) favorable à l'accord sur les noms de dirigeants de l'UE.
Orban gagne par procuration

Pour les réfractaires en colère, pas question d'accepter la nomination d'Ursula von der Leyen. Ils ne décolèrent pas que leur candidat, Frans Timmermans, ait été écarté alors que son nom avait été cité dans le cadre d'un accord d'équilibre entre les différents postes et les différents partis. Le PPE est certes arrivé en tête des élections européennes, mais son poids est relatif : il ne devance plus les sociaux-démocrates que de 28 sièges sur les 751 du Parlement.

Autre raison du courroux : l'accord de Bruxelles donne raison à Viktor Orban, qui a oeuvré pour éjecter Timmermans. Et surtout, le « deal » fait fi du processus démocratique des élections européennes : jamais le nom d'Ursula von der Leyen n'a été soumis aux citoyens pendant la campagne, le candidat du PPE pour la Commission (le « Spitzenkandidat », dans le jargon européen) étant Manfred Weber, Allemand lui aussi.

À Berlin, les sociaux-démocrates considèrent même que la nomination de la ministre CDU est de nature à faire tomber leur grande coalition avec Angela Merkel. Raison pour laquelle Merkel s'est abstenue lors du vote sur sa ministre à Bruxelles mardi. Symboliquement, c'est lourd.

Pour les 16 eurodéputés SPD, ce sera donc non le 16 juillet pour le vote sur leur compatriote. Idem pour les 5 sociaux-démocrates français et les 3 Belges, dont les partis se sont publiquement exprimés contre cette nomination. Selon nos estimations, la moitié du groupe SD devrait voter contre, et la moitié pour.
Elle cajole les troupes, Weberla rassure

L'extrême droite, les eurosceptiques et l'extrême gauche devraient voter contre, de même que les Verts, mais ceux-ci se bagarrent aussi un peu. La question chez les écologistes est de savoir s'ils continuent les discussions sur la feuille de route programmatique « à quatre » avec le PPE, les SD et les libéraux. Les Français veulent tout arrêter, mais une majorité dans le groupe semble vouloir peser dans le programme de la future Commission en posant notamment des lignes rouges environnementales : to deal or not to deal ?

Au PPE, famille politique d'Ursula von der Leyen, un vote unanime n'est pas garanti. Certains ne se remettent pas du fait que leur candidat désigné ait été écarté. Le malheureux éconduit en question, Manfred Weber, était pourtant souriant pour accueillir la gagnante hier après-midi à Strasbourg. Elle venait cajoler ses troupes.

Et leur a promis que « sa » Commission mettrait en place un système de « Spitzenkandidat » incontestable, ce qui permettrait que les bagarres actuelles ne se reproduisent pas dans cinq ans. Première promesse, avant une longue suite d'autres, sans lesquelles elle risque de ne pas être confirmée le 16 juillet.
Anne-Camille BECKELYNCK