Le moustique tigre s'implante en Alsace et dans le bassin du Rhin supérieur

Publié dans le panorama le Jeudi 04 juillet 2019 à 06:12:11

© Dna, Jeudi le 04 Juillet 2019
Droits de reproduction et de diffusion réservés
Télecharger la version PDF

 

Santé  Insectes
Le moustique tigre s'implante en Alsace et dans le bassin du Rhin supérieur
Le projet Tiger, lancé il y a un an, recense la présence du moustique tigre dans le bassin du Rhin supérieur. Cependant, si cet insecte est bien présent en Alsace et notamment dans l'agglomération de Strasbourg, aucun cas de dengue ou de chikungunya autochtones n'y a été recensé.
 

 
Le Dr Bruno Mathieu, responsable de l'équipe Entomologie médicale de l'Institut de parasitologie et de pathologie tropicale de Strasbourg, coordinateur du projet Tiger à l'université de Strasbourg, montre icides larves de moustique.
Depuis 2015, date à laquelle les premiers moustiques tigres ont été détectés dans l'agglomération strasbourgeoise, à Schiltigheim, sa présence a été établie depuis dans cette commune, mais aussi à Bischheim, dans le quartier strasbourgeois de Neudorf et elle reste à confirmer dans celui de la Robertsau.

« Les opérations de démoustication effectuées il y a quatre ans à Schiltigheim n'ont pas été couronnées de succès », explique le Dr Bruno Mathieu, entomologiste médical à l'institut de parasitologie et de pathologie tropicale de Strasbourg (IPPTS) et coordinateur du programme trinational (France, Allemagne et Suisse) Tiger. Cette plateforme qui s'est réunie pour un second colloque scientifique, fin juin à Fribourg-en-Brisgau, a fait le point sur la surveillance, la gestion des risques du moustique tigre mais aussi d'autres espèces invasives dans le bassin du Rhin supérieur.
Surveillance communedans le Rhin supérieur

« La surveillance du moustique tigre repose sur des pièges pondoirs répartis sur le territoire, reprend Bruno Mathieu. Il y en a 1 000 en France qui sont gérés par différents opérateurs. Dans le cadre de Tiger, dans tout l'espace du Rhin supérieur, il existe une surveillance commune en Allemagne, en Suisse et en France, à partir de 800 pièges pondoirs, relevés toutes les deux semaines entre les mois de mai et de novembre. Les oeufs sont comptés et identifiés. »

Il y a deux pics de ponte dans l'année, la fin juin-début juillet et la fin août-début septembre. Et les oeufs ne mettent que quelques jours à éclore pour libérer les larves. À l'automne, le résultat des comptages permettra de connaître l'expansion du moustique chez nous.

En Alsace, outre le territoire de l'agglomération strasbourgeoise, le moustique tigre est désormais présent à Saverne et au Haut-Koenigsbourg. Des individus ont aussi été retrouvés à Bâle, qui sont sans doute arrivés via le Tessin et l'axe Rhône-Alpes, côté français.
Pas de cas autochtonesen Alsace

Rappelons que le moustique tigre, importé d'Asie via des transports de pneus usagés vers l'Italie, se déplace essentiellement en utilisant les voitures et les camions qui les transportent involontairement de zones infestées vers d'autres territoires. Ce qui explique sa rapide colonisation du territoire français. Mais des pans de sa physiologie restent encore peu connus et font l'objet de recherches, notamment à l'IPPTS.

« Il nous manque plusieurs informations essentielles, relève le coordinateur du programme, comme le rayon de dispersion active du moustique, c'est-à-dire la distance qu'il peut parcourir par ses propres moyens. Cela dépend de beaucoup de facteurs, dont le facteur climatique. On travaille notamment sur la génétique de ce moustique, avec l'institut suisse de santé tropicale. »

Un autre objectif du programme Tiger est de former techniquement les personnes qui naviguent autour du projet et auprès de communes. Mais aussi d'accélérer la communication et la prévention pour limiter les zones de ponte. Enfin, le risque lié aux maladies transmises par ce moustique mais aussi par d'autres espèces invasives, est aussi pris en compte.

« Depuis 2010, indique l'entomologiste médical, des cas autochtones de dengue et de chikungunya ont été diagnostiqués dans le sud de la France. En Alsace et dans le bassin du Rhin supérieur, seuls des cas importés ont été constatés, à partir de voyageurs revenant de zones infectées. Quand cela se passe dans une zone où le moustique tigre est absent, cela ne porte pas à conséquence. En revanche, dans une zone où il est présent, il y a un risque d'infecter quelques individus qui vont les piquer pour leur repas de sang, et qui risquent à leur tour de transmettre la maladie à d'autres personnes. » Dans ce dernier cas, il y a une procédure à suivre, de démoustication et de destruction des larves dans les sites potentiels de ponte, comme cela a été le cas il y a deux ans à Bischheim.
Geneviève DAUNE