Alsace Islam Financement du culte musulman : ces chers pèlerinages à La Mecque

Publié dans le panorama le Jeudi 04 juillet 2019 à 06:04:57

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Alsace Islam Financement du culte musulman : ces chers pèlerinages à La Mecque
Le pèlerinage à La Mecque est très important pour les musulmans. En dix ans, son prix a doublé. C'est trop, jugent de nombreux acteurs, dont le président du Conseil régional du culte musulman, qui y voit l'un des chantiers prioritaires des années à venir.

 
Dessin Région (Y.Lefrançois) - Financement Culte Musulman CORRECTIONS
L'agence de voyages 3M a ouvert il y a cinq ans dans le quartier gare à Strasbourg. La boutique ce lundi après-midi ne désemplit pas : Bouabid Salah Eddine accueille les futurs pèlerins presque sans discontinuer. Le hajj, pèlerinage à La Mecque (lire ci-dessous), constitue 90 % de son activité.
« L'augmentation est de 300 ou 400 EUR par an »

Une centaine d'Alsaciens partent chaque année avec 3M pour le hajj, en partenariat par exemple avec la Grande mosquée de Strasbourg.

La plupart des mosquées et associations organisent des pèlerinages et le plus souvent passent par des agences de voyages, comme l'association Amal de Mulhouse, qui indique sur son site internet emmener près de 230 pèlerins chaque année. Elle s'adresse à des agences agréées et s'occupe des visas saoudiens.

Il y a toujours plus de demandes que de places et ce sont uniquement des musulmans - les sites ne sont accessibles qu'aux croyants et si besoin, un certificat de conversion est demandé.

« Les pèlerins sont des gens âgés, des retraités. Parce que c'est cher mais aussi parce qu'après il faut être irréprochable », explique l'agent de voyages Salah Eddine, décrivant son public. Il y a aussi davantage de femmes que d'hommes dans sa clientèle, même si elles doivent être accompagnées.

Les tarifs peuvent être dissuasifs, entre 5 000 et 6 000 EUR, pour trois semaines. L'oumra - le petit pèlerinage - coûte, lui, entre 1 200 et 1 700 EUR en moyenne. La proximité de l'hôtel au lieu de pèlerinage peut influer sur le prix.
L'impitoyable loi de l'offre et de la demande

« C'est un problème mondial, le coût du pèlerinage. L'augmentation est de 300 ou 400 euros par an, nous n'avons pas la main là-dessus », ajoute Bouabid Salah Eddine qui se souvient, pour son premier pèlerinage en 2006, n'avoir déboursé « que » 2 200 EUR. Il est aujourd'hui accompagnateur.

Les voyagistes eux-mêmes assurent trouver les tarifs excessifs et renvoient sur le pays hôte, l'Arabie Saoudite, ses taxes en constantes augmentations, répercutées sur les offres - l'ambassade n'a pas donné suite à notre demande d'informations.

L'un va jusqu'à qualifier d'« injustifiable » cette hausse. Et l'attribue moins à la modernisation des sites qu'à la triviale loi de l'offre et la demande : seuls deux millions de pèlerins vont chaque année à La Mecque. C'est le chiffre officiel pour près de 6 milliards de musulmans, relève ce professionnel. Chaque pays doit respecter un nombre de places : pour la France, il oscille entre 20 000 et 25 000. Dans certains pays musulmans, il y a même des tirages au sort.

L'agence 3M met en avant son volet formation : le pèlerinage n'est pas un séjour d'agrément mais bien un voyage spirituel. Les clients sont obligés d'assister à deux formations, sur quatre proposées, avant de partir.

La formation spirituelle n'est pas tout : « On les prépare aussi aux difficultés. Pour les transports, on ne sait pas quel bus ils auront, il peut être tout neuf comme très vieux, c'est géré localement. On les prépare aussi aux retards. Ce n'est pas 10 ou 15 minutes comme ici, ça peut aller jusqu'à trois heures... »

Le Ditib, association franco-turque, accompagne 120 pèlerins du Grand Est (600 dans la France entière) en moyenne chaque année. L'un de ses représentants, Murat Ercan, convient que le prix est élevé : «Je pense qu'on pourrait le réduire.» Chez eux, il est de 4750 euros pour le tarif minimum, qui se répartit entre les billets d'avion, les hôtels qui ont augmenté, les taxes appliquées par l'Arabie Saoudite et la marge pour la structure organisatrice.
Il y a beaucoup d'abus

Les déconvenues peuvent être nombreuses. « Il faut trouver une solution pour les fidèles, ils payent trop cher. Il y a beaucoup d'abus, j'ai déjà dû intervenir plusieurs fois. Une personne qui avait versé de l'argent liquide à un rabatteur n'a finalement pas pu partir pour une histoire de visa pas obtenu, je l'ai aidé à récupérer sa mise, dénonce Abdelhaq Nabaoui, président du Conseil régional du culte musulman. Le pèlerinage est important pour les fidèles. C'est l'un des chantiers qu'il faudrait aborder avec le Conseil régional du culte musulman, après le premier qui est celui de la déradicalisation. Il faut assainir le secteur du pèlerinage, il faudrait négocier, peut-être avec les autorités saoudiennes, peut-être avec les agences. » Et de regretter : « Il n'existe pas d'études sérieuses sur le sujet. »
Myriam Ait-Sidhoum

Le hajj est l'un des cinq piliers de l'islam, donc une obligation pour les pratiquants, s'ils en ont les moyens et s'ils ont la santé. Le premier pilier est la profession de foi, le second les cinq prières quotidiennes, le troisième le jeûne de ramadan, le quatrième la zakat (l'aumône).

Une alternative existe mais sous conditions : il faut être malade ou mort. Le pèlerinage par procuration est autorisé depuis toujours et est aujourd'hui effectué sur place, par des étudiants le plus souvent, contre une somme allant de 500 à 1 000 EUR. Le hajj ne peut se faire que quelques semaines par an : une période qui change en fonction de la Lune. En 2019, c'est au mois d'août. Pour cette raison, il est très prisé, les places sont chères et les prix s'envolent. Le oumra a, lui, lieu toute l'année. Mais dix de ces petits pèlerinages additionnés n'équivaudront jamais à un hajj.

Sur les trois semaines de voyage (la durée est plus ou moins longue), il y a cinq jours de hajj dans des tentes, et même une nuit à la belle étoile, une façon de partir sur les traces du Prophète. Le point fort est la visite de la grande mosquée sacrée de La Mecque, dans laquelle se trouve la Kaaba, lieu le plus sacré du culte musulman, autour duquel tournent les fidèles en habits blancs.