À Strasbourg, la guerre des cinémas n'aura pas lieu

Publié dans le panorama le Dimanche 16 juin 2019 à 06:13:28

© L'alsace, Dimanche le 16 Juin 2019 
Droits de reproduction et de diffusion réservés
Télecharger la version PDF

 

À Strasbourg, la guerre des cinémas n'aura pas lieu
 

 
Le cinéma Vox, situé rue des Francs-Bourgeois, en plein centre-ville de Strasbourg, veut s'agrandir et déménager aux Halles.  Photo DNA /Christian LUTZ-SORG
La tension politique entre les deux exécutifs strasbourgeois (ville et eurométropole) semble être redescendue d'un cran. La désescalade dans la guerre des nerfs avait déjà été entamée fin avril dernier, lors de l'avis proposé en conseil municipal pour autoriser le déclassement de la gare routière derrière les Halles, ouvrant ainsi la voie à la possibilité d'un transfert des activités du cinéma Vox à l'étroit au centre-ville.

L'idée est de désamorcer « ce sujet sensible », selon le maire Roland Ries, par l'apport d'une étude qui permette « d'objectiver les choses ». « Nous nous sommes clairement engagés avec Robert Herrmann à être favorable aux deux projets d'implantation. On a la preuve aujourd'hui que ça peut fonctionner, même s'il y a un risque », a ajouté le maire.
« L'offre du centre-villeest un multiplexe à ciel ouvert »

Ce que dit cette étude c'est que « depuis 2011 et la création du Trèfle à Molsheim, mais pas uniquement de ce fait, il y a une érosion de la fréquentation en ville. Et la tendance est générale pour les très grands multiplexes en France. Le centre-ville de Strasbourg offre en effet une sorte de multiplexe à ciel ouvert, fait de différents cinémas », analyse Eric Marty, directeur général de Comscore, la société en charge de l'étude.

Le but est donc d'endiguer cette érosion au centre-ville et de l'amener à « 3,5 millions de spectateurs, alors qu'on est à 3 millions aujourd'hui. L'enjeu est donc de l'augmenter de 500 000 spectateurs à l'horizon 2024 », a résumé Roland Riesaprès une longue présentation technique chiffrée par le cabinet Comscore. « Si l'on atteint 200 000 à 300 000 spectateurs supplémentaires, on aura déjà gagné l'affaire », a estimé pour sa part Catherine Trautmann, vice-présidente en charge du dossier à l'eurométropole.

Pour y arriver, l'étude s'appuie sur « une nouvelle urbanisation avec la livraison de logements, donc de potentiels spectateurs », souligne Robert Herrmann, président de l'eurométropole. Et ce, dans trois secteurs à court et moyen terme : un « arc nord » à Schiltigheim, Bischheim et Cronenbourg - « un atout pour MK2 » - ; une concentration de projets immobiliers en « zone sud-est » à proximité du cinéma leader UGC-Ciné Cité, « soit un potentiel de public additionnel » ; enfin, un ensemble de projets de constructions dans le triangle Meinau, Ostwald et Illkirch, dont les futurs habitants « devraient se répartir entre l'UGC-Ciné Cité et Le Trèfle à Dorlisheim ».
« Il pourrait y avoir des difficultés d'arbitrage »

Autres éléments à prendre en compte : l'accessibilité, la proximité, ainsi que l'extension possible du centre-ville avec le projet de transfert Vox-Halles. Avec l'émergence, de ce fait, d'un « nouvel arc inédit : au nord un ensemble constitué par le MK2 de Schiltigheim et le projet Vox-Halles, proposant une programmation équivalente à l'UGC-Ciné Cité, le leader du sud-est ».

Enfin, la relance peut se faire sur le secteur des films populaires en version française où un potentiel existe - celui de la VO est moindre car il est déjà le plus élevé de France. Mais « la programmation d'un nouvel établissement à proximité du centre-ville, relève l'étude, se traduira par un arbitrage récurrent pour l'attribution d'une copie (un écran) supplémentaire. » Le cabinet Comscore souligne en outre que « la coordination annoncée des programmations du duplex Star-Saint-Exupéry et du MK2[le programmateur, Stéphane Libs, est le même, NDLR] n'exclut pas pour autant les difficultés récurrentes d'arbitrage. »

Ce qui a fait dire Christel Kohler, adjoint au cinéma et à l'audiovisuel : « Il faut que cela profite à l'ensemble des opérateurs. »
Philippe DOSSMANN