Mulhouse La 250e plaque de rue bilingue

Publié dans le panorama le Mercredi 12 juin 2019 à 06:10:30

© L'alsace, Mercredi le 12 Juin 2019
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Mulhouse La 250e plaque de rue bilingue
 

 
Sous la 250e plaque de rue bilingue de Mulhouse et autour de l'oeuvre du Gang des tricoteuses, une partie des nombreux invités, vendredi. Photos L'Alsace /F.F.
Rue des Brodeuses en français, Stìckera Stross en alsacien : c'est le double nom que la Ville de Mulhouse a choisi de donner à l'artère principale du site DMC. Le dévoilement de sa plaque bilingue, vendredi après-midi, a pris un relief tout particulier parce que c'était aussi l'occasion de fêter le cap de la 250e rue mulhousienne dotée d'une plaque bilingue.

« Il faut rendre hommage aux précurseurs », a entamé l'adjointe Anne-Catherine Goetz, en charge notamment du bilinguisme et de la culture régionale, en rappelant que l'idée de créer des rues bilingues à Mulhouse a été impulsée, en 1990, par la Schweissdissi confrérie. Et cette dernière, comme l'a relaté son président Gérard Wunderlé, a trouvé une solide alliée au sein de la municipalité d'alors : Évelyne Schmitt-Troxler, grâce à qui l'idée a pu se concrétiser.

La rue du Sauvage a été la première à se voir attribuer son nom en alsacien, en 1991. Et depuis, 249 autres rues ont donc suivi. Anne-Catherine Goetz et Michèle Lutz, la maire de Mulhouse, y ont vu une illustration de la volonté municipale de préserver et faire vivre la langue et la culture régionale. Et toutes deux ont salué le travail que fait, sous la houlette de Patrick Hell, « passionné de notre langue régionale », la commission signalétique bilingue de la Dankfàwrìk (l'instance extra-municipale créée en 2015 par la Ville pour fédérer les défenseurs mulhousiens de l'alsacien et promouvoir la langue et la culture régionales dans la cité).

« Nous sommes une ville, une région qui bénéficient de la richesse que constitue une langue régionale [...] Il est essentiel de valoriser et promouvoir ce bilinguisme inné, ouverture vers un trilinguisme, voire, surtout à Mulhouse, un multilinguisme aisé [...] », a plaidé Patrick Hell, suggérant au passage que Mulhouse, dont les habitants puisent leurs origines dans tant de pays différents, se fixe comme ambition « de devenir un jour un pôle d'excellence linguistique ».
« À Mulhouse, le dictionnaire est dans la rue »

Il voit dans la multiplication des plaques de rue bilingues un beau moyen de partager ce « patrimoine » que constitue l'alsacien : « En mettant les habitants et nos visiteurs en contact permanent avec la langue régionale, en la faisant sortir de la sphère privée pour lui permettre d'investir l'espace public, nous avons l'ambition, certes, de rendre les dialectophones fiers de leur langue et de leur culture, mais aussi de piquer la curiosité des non-dialectophones, de susciter leur intérêt, de leur donner envie de l'acquérir cette langue régionale. Et à Mulhouse, comme certains le disent, le dictionnaire est dans la rue, on peut se familiariser avec l'alsacien, on peut l'apprendre en se baladant dans les rues. Et je dirais à tous les Mulhousiens, quelles que soient leurs origines, de partager ce patrimoine et de faire valoir leur droit du coeur à être ou à devenir alsacien. Car à plus d'un égard, être bilingue dans notre région transfrontalière, c'est un levier d'identification et d'intégration, un levier d'épanouissement personnel et professionnel. On vit pleinement cette région transfrontalière à partir du moment où on est peu ou prou bilingue. »

« Faire émerger des appellations pertinentes »

Patrick Hell a encore relevé que ces plaques bilingues étaient appréciées tant des autochtones que des touristes, « car Mulhouse gagne ainsi en authenticité, en particularité et en pittoresque ». Et il a apporté cette explication à ceux qui s'étonnent que certains noms de rues en alsacien ne soient pas la traduction fidèle du nom français (Zum Rundbàui pour l'avenue Auguste-Wicky, Stressla pour l'avenue Aristide-Briand...) : « Quand ce n'est pas une traduction, le nom en alsacien puise son origine des traditions mulhousiennes, du patrimoine linguistique, historique, toponymique, anecdotique mulhousien, ce qui permet au passage de les valoriser. Et c'est là qu'intervient tout le travail de la commission signalétique bilingue de la Dankfàwrìk, un travail de recherche, de concertation, de discussion, souvent de longue haleine, pour faire émerger des appellations pertinentes Uf Elsassisch. »

Avant le dévoilement de la plaque de la rue des Brodeuses, les participants à la cérémonie de vendredi ont pu découvrir l'oeuvre textile qu'a réalisée, tout spécialement pour l'occasion, le Gang des tricoteuses de Mulhouse, que préside Évelyne Kessler : « C'est une magnifique oeuvre préparée avec du fil DMC, qui rend hommage aux brodeuses de DMC », a commenté Anne-Catherine Goetz.

Des élèves de l'école bilingue ABCM de Mulhouse, accompagnés par Karine Sarbacher, la présidente du réseau des onze écoles ABCM d'Alsace-Moselle, ont quant à eux lu devant les nombreux invités les noms français et alsaciens de la bonne vingtaine de rues mulhousiennes devenues bilingues au fil de l'année écoulée. Et Michèle Lutz a chaleureusement remercié ces enfants d'être venus participer à ce rendez-vous dédié à la langue et à la culture régionale en observant : « Les jeunes, c'est notre avenir. C'est sur eux qu'on compte pour transmettre tout ça ! »
François FUCHS SURFER Un site, dont le webmaster est Patrick Hell, est consacré aux plaques de rue bilingues mulhousiennes : https ://plaquesbilingues.fr