Déremboursement de l'homéopathie :un enjeu économique en Alsace

Publié dans le panorama le Mercredi 12 juin 2019 à 05:58:28

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Santé
Déremboursement de l'homéopathie :un enjeu économique en Alsace
Président du directoire de Weleda France, Florian Petitjean estime que le déremboursement de l'homéopathie accroîtrait le nomadisme médical. Il porterait également un coup dur à l'activité de Weleda en Alsace, qui est tournée vers l'homéopathie et emploie près de 300 personnes à Huningue.
 

 
Pastilles homéopathiques avant imprégnation, chez Weleda France à Huningue (Haut-Rhin).
La polémique concernant le déremboursement de l'homéopathie (lire ci-dessous) creuse-t-elle davantage le fossé entre médecine conventionnelle et médecines traditionnelles et complémentaires qui sont réunies sous le terme de « médecine intégrative » ? Celle-ci remet l'humain au centre des préoccupations médicales en se basant sur une réflexion globale, estime Florian Petitjean.
Une baisse des ventesde l'ordre de 10 %

Celui-ci déplore le fait que le débat sur le déremboursement de l'homéopathie cristallise une différence d'approche entre les deux médecines, alors même que les ponts entre ces pratiques se font de plus en plus fréquents, et les convergences plus évidentes. « La médecine intégrative considère les thérapies complémentaires comme partie de la pratique médicale et non comme des alternatives. En France, nous sommes connus pour être assez clivants sur le sujet alors que la question est plutôt d'identifier leur place dans les pratiques médicales et d'envisager leur intégration dans le parcours de soins. »

La véritable problématique n'est pas le déremboursement de l'homéopathie qui, du reste, n'aurait que peu d'impact sur le budget de la santé, poursuit Florian Petitjean. « Ce n'est pas de la normalisation de toutes ces pratiques qu'il s'agit, mais de leur intégration : comment faire pour que les patients restent dans le système, et ne sortent pas du parcours coordonné de soins ? Or l'homéopathie est un trait d'union entre ces pratiques non conventionnelles et la médecine conventionnelle », estime-t-il. « Son déremboursement portera un coup terrible à sa pérennité. Si l'homéopathie n'est plus aidée, d'ici vingt ans il n'y aura plus de médecin susceptible de faire le lien entre ces deux pratiques. On ne fera alors qu'accroître le nomadisme en dehors du champ médical. »
Le développement des compléments alimentaires

Le déremboursement de l'homéopathie représente également un enjeu régional, en Alsace : sur son site de Huningue, Weleda emploie 280 personnes en particulier à la fabrication de médicaments homéopathiques. « Depuis 2012, leur production a subi une forte augmentation. Mais le lancement de la polémique sur le déremboursement de l'homéopathie il y a un an a eu pour effet une baisse des ventes des médicaments homéopathiques de Weleda de l'ordre de 10 % », selon Jean-Yves Saffroy, le directeur industriel de Weleda à Huningue.

Pour pallier cette érosion, Weleda mise sur le développement des compléments alimentaires. « Mais l'homéopathie, c'est dans notre ADN, c'est notre coeur de métier depuis 1924 », insiste Florian Petitjean, qui dit craindre les retombées du déremboursement de l'homéopathie sur les activités de l'entreprise, et en particulier du site de Huningue, avec une baisse attendue de 50 % du chiffre d'affaires de l'entreprise. « Plus encore, le fait d'ôter à l'homéopathie son statut de médicament (comme le revendiquent certains de ses opposants, N.D.L.R.), avec la garantie d'une fabrication dans des conditions de sécurité et d'encadrement très élevées, irait à l'envers d'une volonté de maintien d'un bon niveau de santé publique », insiste Florian Petitjean, qui rappelle que les plantes sont aux racines du métier de pharmacien.
Jean-François OTT