MULHOUSE : Guillaume Colombo, céramiste optimiste

Publié dans le panorama le Lundi 29 avril 2019 à 06:10:35

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MULHOUSE : Guillaume Colombo, céramiste optimiste
 

 
Après avoir mené de grands projets pour le château de Chambord, l'office de tourisme de Mulhouse et lancé les grottes de Lascaux IV, voici Guillaume Colombo dans son atelier de céramiste à Motoco où il porte le nom de Giom Von Brigitta. Photo L'Alsace/Dom Poirier
À 37 ans, Guillaume Colombo a consacré sa carrière à la valorisation patrimoniale à travers le tourisme. Depuis l'an dernier, il est à la fois conseiller en stratégie et développement touristique et culturel, et céramiste. Trois lettres résument sa nouvelle vie : GVB, pour Générateur de Vibrations Bienveillantes. Un nom d'entreprise qui résume bien le personnage, d'un optimisme sans faille. Guillaume Colombo est également céramiste sous le nom de Giom Von Brigitta. « Giom était la seule façon pour moi de faire comprendre à un Allemand comment se prononce Guillaume. Et Von Brigitta c'est un clin d'oeil à l'autodérision d'Ulrika Von Glott », résume l'artiste résident à Motoco.
Premier de la classe

Né à Paris en 1982, il n'en connaîtra pas l'effervescence puisque ses parents déménagent très vite dans la Creuse. « Mon père venait d'avoir son diplôme de vétérinaire, un métier qu'il souhaitait exercer à la campagne. Ma mère, institutrice, n'a pas eu de mal à obtenir sa mutation, s'amuse Guillaume Colombo. À 30 bornes de tout, tu grandis avec la conscience que ce n'est pas un territoire qui pourra t'offrir tout ce à quoi tu aspires. » Avec l'aide de ses parents, il part à 14 ans pour l'Allemagne, où il passera une année des plus formatrices. « Loin de chez toi, avec une autre culture, tu apprends tout fois mille. » Une expérience qui a ouvert l'adolescent à d'autres horizons. Direction le lycée des Pontonniers, à Strasbourg, où ses cours sont dispensés pour moitié en allemand. Il se retrouve à onze heures de train de chez lui et réalise qu'il n'y rentrera que très rarement.

En classe de première, il loue son propre appartement. « L'épicentre des fiestas », s'amuse Guillaume Colombo qui reste pour autant premier de la classe. Il aura haut la main son bac S maths. Avec de tels résultats, ses professeurs le voient chercheur ou médecin. Lui, contre vents et marées, souhaite faire un BTS tourisme.
Patrimoine et culture

Au programme de son BTS : histoire de l'art, marketing, langues et gestion administrative. De quoi nourrir son esprit curieux. Son mémoire portera sur la valorisation du tourisme en faveur du patrimoine. Il récoltera un 19/20 et finira major de sa promotion interrégionale. Durant ses deux années de formation, Guillaume Colombo présente 40 actions professionnelles, contre neuf exigées durant son cursus. « J'y consacrais tous mes week-ends, et c'est comme ça que j'ai rencontré Chambord. »

Diplôme en poche, il se lance dans une maîtrise des métiers des arts et de la culture à Arras. « La moitié de nos profs étaient issus du monde professionnel, c'était très formateur. La dernière année de maîtrise, je l'ai passée près de Hanovre grâce au programme d'échanges Erasmus. C'était top ! J'ai retrouvé un système éducatif plus pragmatique. Leur management culturel est moins complexé qu'en France. »

En 2004, Guillaume Colombo est nommé ingénieur maître pour ses résultats remarquables. Provisoirement sans emploi, il s'installe au château de Chambord où sa compagne, Peggy, loue un appartement de fonction. « Je faisais les visites guidées en allemand. Je construisais ma visite telle que je l'entendais, c'était un espace de liberté magique ! », se souvient-il. À la fin de l'année, on lui propose un CDD d'un mois pour faire un peu d'administratif, sans prétentions.

« À l'époque, le château de Chambord était géré par six ministères différents. On m'a demandé de coordonner la refonte en Epic, établissement public à caractère industriel et commercial ne dépendant plus que d'une seule institution. » Le voici dans une tâche complètement disproportionnée par rapport à l'intitulé initial de son emploi. Au bout de six mois, on lui confie le poste de chargé de développement. « J'ai pu travailler sur les expositions, le mécénat, la boutique, l'événementiel et la promo à l'international, c'était exaltant ! » Il a dû, entre autres, organiser la chasse présidentielle ou un concert des Rita Mitsouko.

Alors que tout roule comme sur des roulettes, le challenger cherche un nouveau projet. C'est ainsi qu'il quitte Chambord et devient directeur de l'office de tourisme (OT) de Mulhouse. « En 2009, personne n'était convaincu du potentiel de développement touristique de Mulhouse, ni les habitants, ni les professionnels eux-mêmes. » Il met en place un city pass, des greeters (guides mulhousiens bénévoles), inscrit Mulhouse dans des institutions nationales, crée un nouvel accueil et sa boutique, et redynamise l'équipe. Guillaume Colombo sait s'entourer et motiver ses troupes avec entrain. Boulimique de travail et sollicité en permanence pour ses bons conseils, il monte une micro-entreprise de consultant. Dans ce cadre, il écrit un projet de gestion pour le nouveau centre d'interprétation des grottes de Lascaux IV.
Retour à la terre

Son audit est plébiscité. Il a alors carte blanche pour recruter et manager une équipe comme il l'entend : de manière pragmatique et transversale. Il commence seul la première année, et gère 140 employés la deuxième. « J'ai créé une vraie stratégie participative pour que les visiteurs s'approprient le lieu. Je travaillais dans le partage et la transparence, et ma direction avait un fonctionnement plus fermé et vertical. » Compétences et méthodes de travail étant indissociables pour le porteur de projet, il rend son tablier.

Pour tourner la page, Guillaume Colombo fait deux choses : il passe son permis moto et se met à la poterie. Une révélation. Toujours consultant, il prend alors un an de cours de céramique en Bretagne. Et depuis octobre 2018, Guillaume Colombo loue un atelier à Motoco, la pouponnière mulhousienne d'artistes et artisans. Quelle que soit sa fonction, il entend apporter du beau, du fait main et de l'utile autour de lui. On pourra voir son travail lors des Ateliers ouverts les 18 et 19 mai prochains. N'hésitez pas à pousser la porte de son atelier pour rencontrer ce personnage intarissable.

Dom POIRIER
Y ALLER Les Ateliers ouverts les 18 et 19 mai, de 11 h à 18 h, à Motoco, 13 rue de Pfastatt à Mulhouse.