Société Violences : Des armes trop faibles contre les féminicides ?

Publié dans le panorama le Lundi 29 avril 2019 à 05:44:08

© Dna, Lundi le 29 Avril 2019
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Société Violences
Société Violences : Des armes trop faibles contre les féminicides ?
Avec l'Allemagne, la France est le pays européen déplorant le nombre le plus élevé de féminicides : 120 en 2018... et 46 depuis le début de l'année. Que faire pour mieux protéger les potentielles victimes ?

 
Début mars, deux marches blanches avaient eu lieu en hommage à Julie Douib, abattue par son ex-conjoint.
Le chiffre 46 s'affiche en gros sur le fond violet du site du mouvement « Nous Toutes ». Ce chiffre, c'est celui des femmes tuées depuis le début de l'année 2019.

D'après la page Facebook du collectif « Féminicides par compagnons ou ex », la dernière victime était une femme de 74 ans, tuée par son mari de 77 ans, jeudi 25 avril en Indre-et-Loire. Une balle de fusil de chasse dans l'abdomen.

Le lendemain, vendredi, plusieurs collectifs, dont Osez le féminisme Bas-Rhin, ont organisé une marche à Strasbourg, une semaine après le meurtre de Sandra Baumann, 45e victime de féminicide. Début mars, deux marches avaient aussi été organisées en hommage à Julie Douib, abattue à son domicile de l'Ile-Rousse (Haute-Corse) par son ex-conjoint. Elle était la 30e victime.
Le test d'un bracelet électronique

La liste macabre ne cesse de s'allonger. En 2018, 120 femmes ont été victimes de féminicides. En l'espace de moins de quatre mois de l'année 2019, le chiffre a déjà atteint plus d'un tiers de celui de l'année dernière.

Face à des féminicides que la France « n'arrive pas à enrayer », la présidente du tribunal de Pontoise et le procureur appellent le gouvernement à « changer de réponse ». Et à les autoriser enfin à tester un bracelet électronique pour maintenir à distance les hommes violents.

« En France, on dénombre les féminicides depuis une dizaine d'années environ et leur chiffre ne baisse pas. Manifestement, il faut retravailler cette question », dit Gwenola Joly-Coz, présidente du tribunal de grande instance de Pontoise, qui a officié en cabinet ministériel auprès de Najat Vallaud-Belkacem, chargée des droits des femmes entre 2012 et 2014.

Avec Eric Corbaux, procureur de Pontoise, ils demandent depuis plus de dix-huit mois à expérimenter un « dispositif électronique de protection antirapprochement » (DEPAR) qui a fait ses preuves dans plusieurs pays européens, dont l'Espagne.

En 2018, dans ce pays de 46 millions d'habitants, 47 décès ont été recensés, 30 de moins que dix ans plus tôt. Pionnier dans la lutte contre les violences faites aux femmes, Madrid fait figure de modèle grâce à des lois de 2005 et 2009 qui ont institutionnalisé téléphones rouges, tribunaux spécialisés et bracelets électroniques.
« Il faut essayer »

Principe de ce dispositif : placer sous surveillance les hommes violents afin que leur victime potentielle et les forces de l'ordre puissent être prévenues, via un boîtier, de leur présence dans un périmètre déterminé. « On ne dit pas que c'est la panacée, mais on dit qu'il faut essayer », insiste Gwenola Joly-Coz, par ailleurs secrétaire nationale de l'association « Femmes de justice ».

En France, des dispositifs sont déjà en place : audiences dédiées, ordonnances de protection. En 2018 notamment, les « téléphones grave danger », des mobiles dotés d'une touche directe pour appeler les secours déployés sur l'ensemble du territoire en 2014, ont permis plus de 400 interventions des forces de l'ordre, presque deux fois plus que l'année précédente. Des dispositifs utiles mais, insiste le procureur, « ça ne suffit pas ».