Contrastes dominicaux

Publié dans le panorama le Lundi 15 avril 2019 à 06:43:39

© L'alsace, Lundi le 15 Avril 2019
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Contrastes dominicaux
 

 
Pour Julie, gérante du « café-fleurs » L'Entre-pot, « ce serait dommage de ne pas jouer le jeu ». Photos DNA/Nicolas Pinot
Du monde, il y en a. Des nuages aussi, et la foule est plutôt là pour flâner au marché de Pâques, plutôt que pour faire du shopping. « Je ne vois aucun intérêt d'ouvrir le dimanche », disait samedi Alain, gérant du magasin Lancaster de la rue Vauban. « Je ne suis pas là en exposition pour que les gens me regardent dans le blanc des yeux et continuent leur chemin. Et je crois au repos dominical ! »

Pour ce commerçant qui aligne 43 années de présence rue Vauban, « le seul dimanche où ça vaut vraiment le coup d'ouvrir, c'est le premier dimanche des soldes. Sinon, les gens viennent en ville pour se promener, pas pour acheter. Ils marchent au milieu de la rue et ne regardent même pas les vitrines. Ça n'est pas cela qui fait rentrer des sous. Depuis le début de l'année, il y a un vrai marasme au centre-ville ».
« On a des frais mais on ne fait pas de chiffre »

Non loin de là, Sylvie, gérante de La boîte à bas et 36 ans de rue Vauban au compteur, n'est guère plus optimiste : « Dans le temps, il y avait ici des enseignes qui attiraient du monde comme Zimmermann, Record ou Otan. Aujourd'hui, c'est juste une rue de passage et les touristes n'achètent pas chez nous, ils s'arrêtent seulement pour nous demander où est le marché de Pâques. Le dimanche, il faut rémunérer le personnel davantage, et nous devons aussi payer pour le tréteau qui est devant la boutique, ainsi que pour l'auvent et le fait que la vitrine est en légère avancée sur la rue. On a des frais mais on ne fait pas de chiffre. Pour moi, c'est hors de question d'ouvrir le dimanche. »

Dans cette même rue Vauban que d'aucuns voient mourante et moribonde, Nordine, apiculteur et gérant des Trésors de la ruche depuis un an, a fait le choix d'ouvrir ce dimanche et distille un avis plus nuancé. « Avec un temps comme aujourd'hui, ça ne vaut clairement pas le coup d'ouvrir. Les gens ne s'arrêtent même pas et quand il fait froid, ils marchent très vite ! Mais je voulais être dans le mouvement, et je souhaitais aussi découvrir comment cela se passe car je n'ouvre jamais le dimanche. »

En face, Thuy, gérante du Petit Vauban, qui propose des spécialités asiatiques, est ravie. « Quand les magasins sont ouverts, cela draine du monde dans la rue. Il y a un flux qui se dirige vers la place du 2-Février et ses animations, et c'est bon pour nous. Le dimanche en général, c'est une très bonne journée. »
« On ne peut pas vraiment se permettre de fermer »

Un peu plus loin, Grand'Rue, Julie, gérante du « café-fleurs » L'Entre-pot, estime que « quand on est indépendant, on ne peut pas vraiment se permettre de fermer le dimanche alors qu'on a le droit d'ouvrir. Quand on est chef d'entreprise, ça n'est pas gênant de travailler le dimanche ». En outre, « les gens sont plus détendus. Avec l'attractivité que génère l'ouverture des commerces le dimanche, ce serait dommage de ne pas jouer le jeu. Et puis ça n'est que deux dimanches... » Le lundi, elle baisse le rideau « car il n'y a pas d'arrivage de fleurs ».

D'autres ouvrent dès le lundi matin, comme Cynthia, gérante de l'épicerie fine Sézanne, également installée Grand'Rue. « On ouvre déjà six jours sur sept, alors le dimanche, c'est repos et famille. C'est la seule raison qui fait que nous fermons le dimanche. » C'est simple.
Nicolas PINOT