environnement : Après les pesticides

Publié dans le panorama le Lundi 15 avril 2019 à 06:02:34

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environnement : Après les pesticides
Depuis le premier janvier, il est formellement interdit aux particuliers d'utiliser des pesticides dans leur jardin. Certains n'ont pas attendu cette mesure pour promouvoir le jardinage au naturel et prodiguent leurs conseils à travers l'Alsace.

 
À Neuve-Église, un jardin naturel.
Un quart d'hirondelles en moins en une quinzaine d'années en Alsace, des insectes qui ont déserté notre air : autant d'indices qui attestent de la détérioration rapide de la biodiversité. Les jardiniers amateurs, ceux-là même qui, par exemple, colorent nos villes en ornant leurs balcons de géraniums, n'y sont pas étrangers. Depuis le premier janvier 2019, il leur est interdit (ainsi qu'aux collectivités) d'acheter ou d'utiliser des pesticides. Ils sont invités à rapporter leurs bidons là où ils les ont achetés.

« Le Round Up, ça s'achetait comme de la farine ! », se souvient Christiane Pfister, gérante de la jardinerie éponyme. Le tristement célèbre herbicide du géant Monsanto figurait parmi ses best-sellers. Si « les particuliers le demandent encore », ils n'en trouvent plus qu'une nouvelle formule, bien moins nocive pour l'environnement.
« Une dame voulait se débarrasser des abeilles »

Il faut dire que certains jardiniers ont oublié comment l'on faisait autrefois. Ou comment la nature faisait bien les choses : « Une dame nous a demandé un produit parce qu'elle voulait se débarrasser des abeilles qui envahissaient son jardin », grince Christiane Pfister.

« Ce n'est pas parce que les gens sont au courant de l'interdiction qu'ils savent comment se passer des pesticides », juge Guillaume Delaunay, chef de projet du pôle maraîchage des Sillons de Haute-Alsace, qui rassemble les lycées agricoles de Wintzenheim et Rouffach.

« Les pouvoirs publics n'ont pas mis énormément de moyens pour que les jardiniers amateurs soient capables de continuer à réussir leur jardinage sans utiliser ces produits », ajoute-t-il.

« Établir un calendrier de culture », « réussir ses semis et plantations » : le pédagogue anime régulièrement des ateliers à destination du grand public, dans le cadre des Rendez-vous du jardinage écologique organisés depuis 2014.

« Mon approche, ce n'est pas d'aller leur dire "vous n'avez plus le droit d'utiliser ce produit pour ce problème", raconte l'expert. C'est plutôt d'amener les gens à réfléchir globalement à l'équilibre écologique de leur jardin. Quand il y a une pullulation [d'insectes ou d'animaux ravageurs - NDLR], c'est qu'il n'y a pas de régulation écologique. Pour ça, il faut une biodiversité importante, des êtres vivants qui vont se réguler les uns les autres. »
Savon noir et huile de coude

Parmi les mille méthodes et produits naturels pour protéger et faire fructifier un jardin sans chimie, il y a l'utilisation d'« auxiliaires », comme l'hyménoptère qui mange les pucerons, le savon noir, les huiles végétales ou encore, la meilleure substance : « l'huile de coude », rit Christiane Pfister.

« La différence entre notre façon de faire et le conventionnel est la même qu'entre les médecines chinoise et européenne : nous faisons en sorte que la plante soit la plus costaude possible pour ne pas avoir besoin d'être traitée », explique quant à lui Augustin Frigeni, président de l'Association des amis du compostage et du jardin de Centre-Alsace (ACJCA). Quelques dizaines de fois par an, les « Amis » interviennent dans des écoles ou lors de manifestations diverses pour parler « jardin naturel ». Cette année, et pour la sixième fois, l'association a formé ceux qui « répondent au titre pompeux de Guide jardin naturel », s'amuse Augustin Frigeni. Ceux-ci, 26 de plus en 2019, seront chargés d'aller répandre la bonne parole dans les jardins alentour des leurs.
Une « réelle prise de conscience »

Signe des temps : « cette année, on a dû refuser du monde », note le président, qui constate une « réelle prise de conscience de la nécessité de respecter l'environnement » qui va crescendo avec le temps. Un « engouement parfois très intégriste », notamment chez des jeunes, « plus en révolte, plus militants » que ne l'étaient les précurseurs de sa génération.

Parmi les réfractaires : son voisin, qui « s'y met peu à peu. Quand on va au contact de gens comme ça, la réaction est parfois violente : "me faites pas chier, ça marche, je ne vais pas faire autrement". Les gens ont le droit de douter ». Pour éteindre ce doute, c'est encore l'exemple qui marche le mieux : l'association compte dix jardins témoins - dont celui d'Augustin Frigeni - ouverts aux agnostiques.
Loup ESPARGILIÈRE