EDITORIAL : Médecine de brancards

Publié dans le panorama le Lundi 15 avril 2019 à 06:00:55

© Dna, Lundi le 15 Avril 2019
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EDITORIAL : Médecine de brancards
 

 
Encore une fièvre hospitalière, encore une fois aux urgences, encore dans des établissements de référence. La colère monte dans des centres de soins à Paris. Quelques jours à peine après l'alerte rouge vécue à Strasbourg. L'engorgement des urgences y a été patent en début de vacances scolaires, comme par hasard au moment où, de son côté, la médecine de ville lève le pied. À nouveau s'est révélé le malaise de soignants débordés.

Cette plaie ne guérit pas. La France pâtit de ses urgences thrombosées. Mais les discours emballés sur une assurance-maladie en regain de forme se multiplient quand même. Comme s'il n'y avait pas de cause à effet.

On a pourtant ordonné la disette hospitalière pour rétablir des comptes publics mal en point. Réputés dévoreurs d'argent, les mastodontes du soin urgent ou spécialisé ont été sommés de perdre du gras, toujours plus.

Ménage à tous les étages : l'hôpital s'est fait chirurgien de ses propres organes internes, y compris les plus vaillants. Sur la pression des déficits organisés par l'autorité, il n'a pas eu le choix. La course budgétaire est devenue l'exercice imposé dans le quotidien des services.

Sauf que la posologie peut s'avérer toxique. Paradoxalement, pas à cause de l'hôpital lui-même. Le schéma sanitaire des urgences se lézarde sous le poids d'un afflux qu'il ne maîtrise pas. Les patients s'y bousculent car ils restent peu filtrés par le réseau de ville, parfois pas assez responsabilisés, souvent frappés de simple bobologie.

Un mal en appelant un autre, les urgences ont été en même temps affaiblies par la suppression de lits pour les vrais malades stabilisés. Une médecine de brancards et de gymkhana administratif s'est installée, les fermetures de lits étant surtout prises par l'État pour une économie.

Entonnoir sous-dimensionné du système de soins, les urgences n'ont pas supporté un régime hypocrite imposé sous couvert de nécessaires réformes. Elles en souffrent. Jusqu'à devenir potentiellement pathologiques, on l'a vu dans des affaires retentissantes. Mais l'État se donne le temps de ne pas se précipiter. Tant que, par ailleurs, un soin attentif peut encore être apporté aux chiffres.