Social Fin du grand débat : Le quinquennat se joue maintenant

Publié dans le panorama le Lundi 15 avril 2019 à 05:54:34

© Dna, Lundi le 15 Avril 2019
Droits de reproduction et de diffusion réservés
Télecharger la version PDF

 

Social Fin du grand débat
Social Fin du grand débat : Le quinquennat se joue maintenant
Le président annoncera ce lundi à 20 heures et mercredi les mesures pour mettre fin à la crise sociale qui a débuté en novembre avec les gilets jaunes. Rarement un chef de l'État a été confronté à un tel chantier, à autant d'arbitrages en un seul coup.

 
Plus « rien ne sera comme avant »... C'est la promesse de la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye. En écho, le président LR du Sénat Gérard Larcher reprend : « Emmanuel Macron n'aura pas de seconde chance. Les réponses ne pourront pas être uniquement cosmétiques ou purement institutionnelles ».

« C'est un nouvel acte, des changements en profondeur vont être lancés », garantissait l'entourage du Président. Bref, l'avenir du quinquennat se joue cette semaine. Interdit de décevoir, interdit de rater l'annonce... Elle s'effectuera en deux temps, ce soir à 20 heures à la télévision puis mercredi après le conseil des ministres. Au bout de cinq mois d'une crise sociale déclenchée par six centimes de taxes en sus sur le diesel, attisée par une limitation de vitesse autoritaire, quelques petites phrases maladroites ou mal perçues, le Président doit trouver les réponses à un malaise français plus ancien. On peut dater les origines au moins à son année de naissance (1977).
Seul à décider

Rupture élites-peuple, fractures territoriales, injustice fiscale, interrogations identitaires, sauvetage du modèle social, chômage de masse ou plus prosaïquement difficultés à terminer la fin du mois et à changer de voiture : un homme seul est attendu pour répondre à tout ça. C'est le job. C'est d'ailleurs lui-même qui a imaginé le grand débat pour sortir de ce grand dépit national. « Nous sommes suspendus à sa seule volonté », avouait un ministre avant de se rendre ce dimanche soir à l'Élysée où après Édouard Philippe, plusieurs membres du gouvernement ont défilé.

En bras de chemise, jouant de sa maîtrise de lauréat du grand oral de l'ENA et de l'aisance du comédien de club théâtre du lycée La Providence d'Amiens, Emmanuel Macron a renoué le contact avec les élus pendant ces trois mois. Il a préservé sa base électorale. Il a gardé l'écoute des Français qui ne sont ni des fans invétérés ni des gilets jaunes définitivement hostiles réclamant sa démission de samedi en samedi. Cette majorité ni participative au grand débat ni boycotteuse jugera sur pièce.

Du concret, pas des gadgets

À propos de concours de l'ENA, voilà l'ancien élève Emmanuel Macron confronté à l'épreuve de synthèse la plus redoutable jamais imaginée : plus de 2 millions de contributions au grand débat, 16 000 cahiers de doléances et 10 000 comptes-rendus de réunions. Il a demandé aux ministres d'ajouter des notes, aux conseillers de produire des idées, aux poids lourds de sa majorité leurs opinions (Bayrou, Le Drian, Ferrand). Et aux inspecteurs des finances de chiffrer.

Car le président ne peut renier ni ses engagements électoraux de réformes ni ses engagements budgétaires pris à Bruxelles. Or dix milliards ont déjà été lâchés le 10 décembre avec le renoncement aux taxes sur les carburants et des mesures sociales.

« Il exige du visible, du concret, du solide, du renversant et un impact immédiat dans la vie des Français. Bref, pas des gadgets comme la réduction du nombre de députés, les référendums, la suppression de l'ENA », explique un député de la majorité qui ajoute : « Mais ce n'est pas open bar ». L'ISF ne sera pas rétabli, les médecins ne seront pas obligés de s'installer dans les déserts médicaux, la FDJ et Aéroports de Paris privatisés, l'assurance-chômage, la fonction publique seront réformées, et l'épineux dossier des retraites est sur la table.
Contradictions

Mais comment répondre à la double exigence de donner les moyens au service public et de baisser les impôts ? Comment renforcer les mécanismes de solidarité sans creuser les déficits ? Comment garder la cohésion d'une majorité ? Dans ces instants difficiles, chacun retrouve son origine initiale centre gauche ou droite carrément libérale (Philippe, Darmanin...).

Illustration de ces arbitrages délicats : dimanche, des responsables d'ONG écologistes autour de Nicolas Hulot, de Laurent Berger (CFDT), d'humanitaires publiaient une tribune dans le JDD pour demander une vraie transition écologique et de mettre fin à la rigueur budgétaire et de financer le service public. Or, jeudi, le Premier ministre parlait « d'exaspération fiscale » et samedi, les ouvriers de Bosch en Aveyron rappelaient que les croisades anti-diesel menacent 2 300 emplois.

Les Français seront-ils convaincus ? Ils ne tarderont pas à donner la réponse. Le 26 mai, ils sont appelés aux urnes. Les européennes ? Un autre critère à prendre en compte.
Pascal JALABERT