L'édito Droits d'auteurs Quand l'Europe se réveille

Publié dans le panorama le Mercredi 27 mars 2019 à 06:20:04

© L'alsace, Mercredi le 27 Mars 2019
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L'édito  Droits d'auteurs Quand l'Europe se réveille
 

 
Laurent Bodin

Le chemin sera long et sinueux pour passer des intentions à la réalité. Il n'empêche que l'Union européenne a réalisé un grand pas hier. En décidant de s'affranchir des exigences des plateformes numériques pour réformer les règles du droit d'auteur au bénéfice des créateurs, artistes mais aussi entreprises de presse, les parlementaires réunis en session à Strasbourg ont déclaré l'indépendance de l'Europe. Comme le font déjà, et depuis longtemps, les Chinois et les Russes, les Japonais comme les Américains, les eurodéputés ont décidé que l'Europe devait garder la maîtrise de son destin. Il était temps !

Après l'exception culturelle française, voici donc l'exception numérique européenne qui devrait obliger, d'ici deux ans, les Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon) et autres géants du numérique, à l'instar de Microsoft, à négocier avec les créateurs et les éditeurs de presse pour mettre fin au pillage actuel. Lequel n'a rien à voir avec la liberté d'internet s'agissant, pour des multinationales amassant d'immenses profits, de prospérer sur le dos des créateurs en utilisant leurs contenus de manière abusive. Il est temps que les Gafa assument leurs responsabilités et cessent de se défausser sur les utilisateurs en refusant d'opérer tout contrôle sur les contenus.

Sauf à accepter sans mot dire la disparition des créateurs et éditeurs indépendants qui, seuls, ne peuvent pas lutter face à la puissance des géants du numérique, le Parlement européen n'a fait que mettre en application le rôle protecteur et de régulateur qu'attendent les citoyens européens. Pourquoi ne l'a-t-il pas fait plus tôt dans ce domaine vital, d'ailleurs, alors que l'Europe des technocrates et des lobbies a toujours été prompte à légiférer et à réglementer jusqu'aux choses les plus insignifiantes ? Il n'est pas trop tard pour bien faire. Cette réglementation ne réglera pas tous les problèmes des créateurs et des éditeurs de contenus. Elle a le mérite d'établir un rapport de forces au profit des plus faibles.