EDITORIAL : Agents troubles

Publié dans le panorama le Mercredi 27 mars 2019 à 05:44:46

© Dna, Mercredi le 27 Mars 2019
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EDITORIAL : Agents troubles
 

 
Quand un rapport administratif pointe le temps de travail de l'administration, le loup politique n'est jamais loin. En l'espèce, il sort vite du bois : comme par hasard, la réforme de la fonction publique revient ce matin sur la table du conseil des ministres.

Le fracas d'un rapport sur le sous-emploi d'agents de l'État pour masquer l'explosivité d'un projet de loi, on est dans le B.A.-BA des usages de l'ancien monde.

Le problème, c'est que la start-up Macron peine à définir une doctrine rassurante de gestion des effectifs publics. Après l'engagement de campagne de supprimer 120 000 fonctionnaires, le manager Macron bute sur une arithmétique sociale à fort potentiel d'impopularité.

En pleine crise des gilets jaunes, alors que s'exprime la demande de services de proximité, ce rapport rejoue donc de la corde ultrasensible du temps libre des appointés de l'État. Le but est de s'allier l'opinion en lui resservant les ingrédients d'un dénigrement des ronds-de-cuir.

L'État de fait, en tant que DRH, n'a que trop tardé à mettre le nez dans le bazar des disparités entre les grands corps. Quant à régler certains excès, n'en parlons pas.

Brutalement dénoncer une situation trouble des agents relève alors du culot. D'ailleurs, que compare-t-on et quelle tâche surnuméraire donner aux enseignants, aux gardiens de prison travaillant la nuit, aux policiers si on décide d'augmenter notablement leur productivité ?

Comme par magie, les postes à économiser en supprimant des repos correspondent aux effectifs que l'État ne compte pas remplacer dans la vague des départs à la retraite. Encore faut-il savoir comment maîtriser l'usine à gaz des compétences et affectations croisées !

Supprimer des postes, c'est bon pour le budget public. Mais, que l'on sache, le niveau d'efficacité des administrations ne s'en trouvera pas magnifié de sitôt. Tandis qu'il s'agace de la masse salariale des collectivités auxquelles il a transféré tant de métiers, l'État s'en remet à la logique comptable pour faire croire qu'il sait se réorganiser. Ce n'est pas encore ce qu'il montre au quotidien.