L'édito de L'Alsace GJ Grand débat Quadrature du cercle

Publié dans le panorama le Vendredi 15 mars 2019 à 06:42:56

© L'alsace, Vendredi le 15 Mars 2019
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L'édito de L'Alsace GJ Grand Débat Quadrature du cercle
 

 
Laurent Bodin

Avant même que l'on en connaisse les conclusions, le grand débat voulu par le président de la République pour régler la crise des gilets jaunes restera un événement du quinquennat d'Emmanuel Macron. Impossible de faire comme si rien ne s'était passé depuis deux mois alors que 600 000 personnes ont participé et que le nombre de contributions a atteint 1,4 million. Cela pèse peu en comparaison des 8,6 millions de voix obtenues par le candidat Macron au premier tour de la présidentielle en 2017. C'est important rapporté au mouvement des gilets jaunes, qui n'a jamais mobilisé plus de 300 000 personnes.

Ces chiffres confirment le numéro d'équilibrisme qui attend l'exécutif alors que la colère exprimée chaque week-end depuis le 17 novembre n'est pas retombée. L'exercice est d'autant plus périlleux que les gilets jaunes ont des revendications contradictoires, voire impossibles à satisfaire. C'est bien parce que le mouvement s'inscrit en opposition à l'action présidentielle que les gilets jaunes, plus prompts à dénoncer qu'à proposer, ont majoritairement refusé de participer au grand débat. Iront-ils plus facilement voter aux élections européennes ? Leur propension à refuser tout cadre organisé laisse peu d'espoir.

À la décharge des gilets jaunes, le grand débat, dans le cadre restrictif imposé par le chef de l'État, symbolisé par l'exclusion de la question de l'ISF, n'est pas de nature à rebattre fondamentalement les cartes. Les Français qui y ont participé ont exprimé leur souhait d'une démocratie plus proche des citoyens, d'un pouvoir d'achat digne pour tous, d'un redéploiement des services publics partout sur le territoire national et d'une baisse des impôts. Cette ambition forte relève de la quadrature du cercle. Or, Emmanuel Macron n'est pas magicien. Il peut faire disparaître Édouard Philippe de Matignon, consulter les Français par référendum, amender son action... À défaut d'accepter de réinitialiser son logiciel, le président de la République va devoir inventer des applications susceptibles de changer concrètement la vie des Français.