Grand débat national La transition énergétique discutée à Sélestat : Le coût de la vie

Publié dans le panorama le Vendredi 15 mars 2019 à 06:02:21

© Dna, Vendredi le 15 Mars 2019
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Grand débat national La transition énergétique discutée à Sélestat
Grand débat national La transition énergétique discutée à Sélestat : Le coût de la vie
Les gilets jaunes de Sélestat ont clos le grand débat par une discussion autour de la transition écologique, sujet à l'origine de leur mouvement. Une conclusion qui a mis en tension le prix de la qualité de vie face au coût de l'économie de marché.

 
La transition écologique était au coeur du débat organisé, mercredi, à Sélestat par les gilets jaunes.
En s'emparant de giratoires stratégiques de la ville, dès le 17 novembre, les gilets jaunes de Sélestat n'imaginaient pas finir le grand débat national, lancé entre-temps par l'exécutif, par une réunion publique consacrée à la transition écologique. « L'écologie a un lien étroit avec le pouvoir d'achat, la fiscalité ou la citoyenneté », annonce d'emblée l'un d'eux aux personnes présentes ce mercredi soir.

À l'entrée, les participants étaient invités à signer une pétition pour des « transports en commun à la hauteur de nos besoins ». Elle a déjà recueilli plus d'un millier de signatures. La mobilité et les nuisances du trafic routier sont des préoccupations majeures. « On nous dit que le chemin de fer coûte trop cher, mais il est question de santé et de qualité de vie, pas de chiffres », s'insurge Françoise.
« L'ultra-mobilité, nous ne l'avons pas choisie »

Jean demande le rétablissement de la liaison de fret ferroviaire vers la zone d'activité de Lièpvre et assure que le GCO transformera l'Alsace en « couloir à camions ». « 40 000 poids lourds vont rentrer à Lauterbourg et traverser la région du nord au sud », dit-il en rappelant les effets des microparticules sur la santé. « Le coût énergétique du pétrole est moins taxé que le coût du travail », déplore Léa.

« L'ultra-mobilité, nous ne l'avons pas choisie », remarque Christine. « Aujourd'hui, le développement économique se fait autour des centres urbains au détriment des pôles ruraux », note l'ancienne salariée de la filature de Sélestat qui juge toujours d'actualité le slogan syndical scandé lors de la fermeture de l'usine, en 1979 : « Vivre et travailler dans notre pays ».

La question des emballages et des déchets renvoie les débatteurs au poids des lobbys et aux modes de vie. « L'obsolescence programmée est une réalité qui pousse à la consommation », regrette Emmanuel. « C'est trop facile de culpabiliser les individus », s'énerve un gilet jaune. « On nous dit que si la planète va mal c'est parce que nous ne faisons pas ce qu'il faut. C'est par la loi qu'il faut imposer les choses aux industriels. »

De l'emballage on passe aux produits chimiques dans l'agriculture, à l'alimentation et aux énergies alternatives. Les circuits courts et la relocalisation de l'agriculture sont plébiscités. « Arrêtez de pointer du doigt les agriculteurs mais tendez leur la main car la France en aura besoin », clame Denis, maraîcher et conseiller municipal de Sélestat.

Chaque proposition est soumise à un vote, façon référendum d'initiative citoyenne (RIC). Une majorité très claire se dégage pour demander la tenue d'un « vrai débat national sur le fret ferroviaire » et l'obligation de la consigne pour les bouteilles en verre. Ils plaident aussi pour « une agriculture bio, locale et rémunératrice pour les agriculteurs ».
« Trop souvent spectateurs »

Il est un peu plus de 22 h lorsqu'émergent du cercle des questions philosophiques. Croissance à tout va ou sobriété heureuse ? La révolution ou le bulletin de vote ? Économie de marché ou communisme ? « Envoyer mes notes à Emmanuel Macron ne servira à rien parce que la pensée politique du gouvernement ne peut pas changer le paradigme », se résigne une gilet jaune.

Emmanuel dénonce l'évanescence des contre-pouvoirs et la corruption des élus nationaux. « Les contre-pouvoirs existent, il faut s'en saisir », réplique aussitôt une dame. « Nous avons été trop souvent spectateurs », enchaîne un monsieur. « Tout ce que nous avons fait depuis les ronds-points nous ne l'avions pas fait avant », relève la secrétaire de séance. « Nous n'avons jamais autant discuté et confronté des programmes, des idées, des idéaux. C'est extraordinaire ! » La taxe carbone, quel formidable détonateur démocratique.
Franck BUCHY