Altkirch « Grand débat national » : « Ouvrez la porte de la mairie... »

Publié dans le panorama le Vendredi 15 mars 2019 à 05:54:28

© Dna, Vendredi le 15 Mars 2019
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Altkirch « Grand débat national »
Altkirch « Grand débat national » : « Ouvrez la porte de la mairie... »
Le dernier volet du grand débat national organisé par les communes d'Altkirch et de Carspach jeudi soir à Altkirch, n'a attiré qu'une trentaine de personnes. Le thème de la vie institutionnelle et démocratique a presque exclusivement alimenté les débats, plusieurs participants considérant même « hors sujet » les questions sur la vie citoyenne.

 
Le livret distribué aux habitants en Suisse lors de référendums d'initiative populaire : un outil d'aide à la compréhension et à la décision selon une habitante de Hindlingen.
Pour ce dernier opus du Grand débat national à Altkirch, il n'y avait donc pas foule à la Halle-au-Blé, en revanche les échanges ont duré plus de trois heures...

Même scénario que les fois précédentes, avec une courte introduction de Dany Hasch, citoyen d'Altkirch dans le rôle de modérateur, puis formation de petits groupes autour de cinq tables pour répondre au questionnaire du grand débat sur le thème de la démocratie et de la citoyenneté.
Focalisés sur le fossé entre les élus et les citoyens

Au menu, pas moins de trente-quatre questions, regroupées en trois thèmes, d'abord sur la vie institutionnelle et démocratique, puis sur la vie citoyenne avec une première question concernant la laïcité ; enfin, le dernier thème portait sur l'immigration et l'intégration. Autant dire que les personnes qui se sont déplacées jeudi soir n'étaient pas venues pour discuter des deux derniers thèmes soulevés, plus sociétaux.

Elles étaient bien plus focalisées sur la question de savoir comment diminuer le fossé qu'elles ressentaient entre les élus censés les représenter et les citoyens.

« Comment construire cette citoyenneté ? S'il y a du répondant du côté politique, le citoyen aura envie de s'engager », a introduit Dany Hasch, avant de recommander aux présents « de rester vigilants quant à la suite des informations que vous avez pu collecter » et de remercier à titre personnel « les gilets jaunes d'être vigilants ».

À l'une des tables, on trouvait par exemple Marie-Paule, habitante d'Altkirch, qui participait pour la première fois ou encore Robin, habitant de Carspach, qui s'est avéré être, à 34 ans, le benjamin de la salle, et le « seul jeune » au grand regret de tous. Sébastien, quadragénaire de Feldbach, figurait aussi parmi les plus jeunes présents. Ce dernier a souligné avoir envoyé « vingt SMS à des jeunes de ma connaissance pour leur proposer de venir mais aucun n'est là ! ». La grande majorité de l'assemblée était composée de quinquagénaires et plus.
L'exemple de Greta

Le débat mit en exergue le fait que les jeunes n'étaient pas non plus au rendez-vous des associations, des syndicats ou de la vie collective. Comment les mobiliser aujourd'hui ? C'est là que Robin a fourni une explication inattendue, un effet « pervers » du règlement général de la protection des données : « avec la sécurité accrue, par exemple chez les donneurs de sang, on n'a plus accès aux noms des personnes, tout est anonymisé, on ne peut plus les solliciter comme avant pour participer à la vie de l'association... ».

Plusieurs participants ont néanmoins fait part de leur confiance sur la capacité des jeunes à se mobiliser d'une autre manière, citant l'action de Greta Thunberg, cette adolescente scandinave qui a appelé les jeunes à faire grève pour dénoncer l'inaction politique face au réchauffement climatique.

Pour certains présents, la fin du service national a fait que les jeunes n'ont plus le sentiment et l'expérience du projet collectif. Proposition est faite du « retour d'un service national obligatoire pour les filles et les garçons pour créer une solidarité intergénérationnelle, favoriser la vie en commun et la découverte d'autres régions ».

L'une des grandes revendications de la soirée fut d'avoir une meilleure information de l'action des hommes politiques, notamment des parlementaires.
«C'est parfois barbant...»

« Le journal télévisé devrait consacrer tous les soirs 5 mn à expliquer quelles lois sont discutées et votées à Paris », demande Marie-Paule. « On reçoit de temps en temps un journal du député mais ce n'est pas assez », ajoute l'Altkirchoise. Certains évoquent La chaîne parlementaire. « C'est en journée, on n'a pas le temps de regarder »...

Sa voisine, septuagénaire de Hindlingen, avoue son ressenti dans un soupir, « les débats politiques, c'est parfois barbant... ».
Toujours l'exemple suisse !

Et de brandir un fascicule distribué en Suisse lors des référendums d'initiative populaire, « ce qui éduque le peuple ». Elle explique qu'on y trouve la question clairement posée, les délibérations des commissions parlementaires, les recommandations du Parlement et du Conseil fédéral, les arguments des initiateurs, bref de quoi selon elle, se faire une opinion !

Une tablée refuse « le chèque en blanc donné pour 5 ou 6 ans » et propose que les parlementaires nationaux et européens « fassent des réunions mensuelles d'information sur des sujets discutés dans les assemblées et rendent publics les textes avant qu'ils ne soient votés ». Et dénonce « les lois faites par des experts qui s'en remettent aux lobbies, des lois que les députés votent à la file sans connaître vraiment tous les sujets ».

Les lobbies ? « Ils ne sont pas forcément méchants, par exemple, le lobby de la sécurité routière a fait passer les 80 km/h ! Et dans les villages, il y aussi des lobbies agissants : le club de foot, les paroissiens, les parents d'élèves... c'est la vie ! », réagit un participant.
Voter comme pour les concours de chant ?

La question du vote blanc divise aussi : oui pour les uns avec vote obligatoire pour qu'il ait un intérêt, oui pour les autres mais sans obligation, « la liberté étant le principe de base de la démocratie ». Le « permis de voter » sous condition d'avoir un minimum de connaissances civiques ne remporte pas l'adhésion non plus : « ce qui signifie qu'il y a des Français c... s et d'autres intelligents ? »

Les avis sont encore partagés sur le référendum : « il faudrait savoir si on vote pour la question posée ou pour ou contre celui qui la pose ! ». « Le référendum, ça coûte de l'argent, pourquoi ne pas profiter des nouvelles technologies pour demander directement aux gens ce qu'ils pensent comme quand on vote pour les concours de chant ? », ose un participant...

« Savoir supprimer des lois avant d'en refaire, durant cinq ans par exemple », est une autre proposition de la soirée. « En France, on répond aux inquiétudes et aux angoisses par des lois car on croit qu'elle peut tout », commente quelqu'un.

Robin suggère, pour être informés, « d'ouvrir la porte de votre mairie. Ecoutez les débats du conseil, vous apprendrez plein de choses, cent fois plus que ce que vous entendez ici... »

Une proposition est aussi faite de pouvoir « révoquer les élus qui ont failli ». N'est-ce pas le rôle rempli régulièrement par les différentes échéances électorales, jugées « trop nombreuses en France » par plusieurs participants ? Mais cette question n'est pas soulevée.

« Séparer l'État et le monde de la finance », demande une tablée. « L'ennemi, c'est l'ultra-riche ! 8 personnes cumulent 50 % de la richesse de la planète ». Pour les gilets jaunes, « la finance est arrivée à ses fins en verrouillant le système par la corruption pour dicter ses lois... ». Ils réclament de « changer de République avec le contrôle des élus par les citoyens avec une nouvelle constitution dans laquelle figure le référendum d'initiative citoyenne. »

D'autres participants se veulent moins pessimistes : « à force de voir le mal partout, il n'y a plus que le mal. Les consciences sont prêtes pour que les choses changent, voyez l'Algérie ! Même si tout ne se fera pas en un jour ».
Noëlle BLIND-GANDEr