Objectif « zéro SDF » : l'impossible défi

Publié dans le panorama le Vendredi 15 mars 2019 à 05:51:45

© Dna, Vendredi le 15 Mars 2019
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Société Pauvreté
Objectif « zéro SDF » : l'impossible défi
Le nombre de personnes sans domicile fixe mortes dans la rue en France a encore augmenté en 2018. Malgré la volonté affichée par les pouvoirs publicsdepuis longtemps, l'objectif « zéro SDF » semble encore lointain.
 

 
Selon l'Insee, la France comptait 143 000 personnes sans domicile fixe en 2012.
« Je veux que nous puissions apporter un toit à toutes celles et ceux qui sont aujourd'hui sans abri [...] Comptez sur ma détermination entière en la matière. » Lors de ses voeux aux Français pour l'année 2018, Emmanuel Macron affiche une ambition forte. La même que ses prédécesseurs. En ce début 2019, les chiffres publiés par le collectif « Les Morts de la rue » démontrent que le nombre de décès de personnes sans domicile fixe ne cesse d'augmenter : 511 décès, 566 en 2018.

Parmi ces victimes de la rue, « mortes sur la voie publique, dans des abris de fortune tels qu'un parking, une cage d'escalier, une cabane de chantier ou dans le métro, mais aussi en lieu de soins ou en structure d'hébergement » figurent 50 femmes et 13 mineurs, dont 6 avaient moins de 5 ans. Tous les ans, le collectif rappelle qu'une personne âgée en moyenne de 48 ans meurt chaque jour des conséquences de la vie dans la rue.
Prise en charge défaillante

Pour Cécile Rocca, coordinatrice au collectif « Les Morts de la rue », il n'est cependant pas question de baisser le bras : « Arriver à zéro SDF est un objectif ambitieux, mais cette ambition vaut la peine. La difficulté aujourd'hui se situe au niveau de la prise en charge de ces personnes au moment où ils retrouvent à la rue ; si le début est rattrapable, la suite devient rapidement complexe ». Sorties sèches de prison, sorties d'hôpitaux psychiatriques, expulsions sans relogement, séparation... Les causes sont multiples. « À cela s'ajoute l'engorgement des centres d'hébergement », précise la coordinatrice, pour qui les pouvoirs publics doivent avant tout se pencher sur « le moment de l'arrivée à la rue et sur celui de la sortie afin d'envisager une réelle prise en charge ».

À propos de l'augmentation du nombre de décès, Cécile Rocca reste prudente : « S'agit-il d'une augmentation du nombre du décès ou alors d'une augmentation du nombre de signalements ? ».

En effet, le recensement s'effectue d'abord par les remontées du terrain des associations, d'institutions, de proches ou encore de riverains qui rapportent un décès. Le collectif se livre ensuite à un travail d'enquête méticuleux afin d'obtenir toutes les précisions nécessaires sur la situation rapportée.

Si les causes des décès en 2018 ne sont pour le moment pas connues, la majorité de ceux recensés en 2017 résultaient soit de maladies, soit de morts violentes (agressions, suicide, rixes).
Recensement complexe

Créé en 2002, le collectif « Les Morts de la rue » interpelle sur les conditions des sans-abri et rappelle au quotidien -aux pouvoirs publics comme aux citoyens- que « la rue tue ».

Selon l'Institut national de la statistique et des études économiques, la France comptait environ 143 000 personnes sans domicile fixe en 2012, soit une progression de 50  % sur 10 ans. Depuis cette date, aucun nouveau recensement national n'a été effectué. L'opération est complexe car beaucoup se déplacent.
C. D.