L'édito de l'Alsace ...Pas de conclusions hâtives

Publié dans le panorama le Lundi 11 février 2019 à 06:13:17

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L'édito de l'Alsace ...Pas de conclusions hâtives
 

 
Laurent Bodin

« La fin est proche. » Comme le président américain Donald Trump, la ministre des Armées, Florence Parly, a annoncé, ce week-end au cours d'une visite aux troupes françaises, la prochaine défaite du groupe État islamique. La victoire militaire de la coalition internationale ne fait, certes, plus guère de doute alors que Daech contrôle désormais moins de 1 % des territoires du « califat » autoproclamé. La guerre contre le fanatisme religieux est, cependant, loin d'être gagnée, contrairement à ce qu'affirme le locataire de la Maison Blanche pour des raisons de politique intérieure. « Le combat n'est pas tout à fait terminé », a d'ailleurs concédé Florence Parly. Doux euphémisme !

Il faudra bien plus que les bombes de la coalition internationale en Irak et en Syrie pour anéantir le fanatisme islamiste. Le succès militaire qui se profile au Moyen-Orient est évidemment une excellente nouvelle. Au-delà de la fin de l'assujettissement de populations pour partie prises en otage, il prive le groupe État islamique d'une base arrière depuis laquelle ont été décidés et organisés bien des attentats survenus ces dernières années à travers le monde. Il n'empêche que la défaite militaire ne signifie pas la neutralisation d'une idéologie meurtrière guidée par le fanatisme religieux. Les risques d'attentats pourraient même s'en trouver accrus, renforcés par la volonté de certains islamistes radicaux de répandre dans les pays de la coalition internationale, dont la France, la guerre militairement perdue en Irak et en Syrie.

L'anéantissement de Daech et la reconquête des territoires placés de force sous la tutelle du « califat » autoproclamé signifie d'autant moins que la guerre contre le djihadisme appartient au passé que le Moyen-Orient n'est pas le seul théâtre d'opérations. En fait, c'est le seul où les soldats américains sont officiellement engagés, donc l'unique sujet de préoccupation de Donald Trump. La France, comme les pays africains, savent mieux que quiconque que la menace djihadiste est aussi une réalité au Sahel. Al-Qaïda au Maghreb islamique, Boko Haram ou Chebabs en Afrique, Front al-Nosra au Moyen-Orient... Tout autant que Daech a supplanté Al-Qaïda après la disparition d'Oussama ben Laden, d'autres groupes demeurent actifs. Il serait donc imprudent, et même dangereux, de considérer que la défaite du groupe État islamique signe la fin du terrorisme islamiste. N'oublions pas que la nature a horreur du vide. Ainsi donc, le fanatisme est, évidemment, loin d'être éradiqué.