235 000 dossiers médicaux partagés en Alsace

Publié dans le panorama le Lundi 11 février 2019 à 05:16:14

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Santé
235 000 dossiers médicaux partagés en Alsace
À la fin 2018, quelque 235 000 dossiers médicaux partagés ont été ouverts en Alsace. Mais, comme le soulignent l'assurance-maladie et de nombreux médecins généralistes, l'ouverture de ces dossiers ne suffit pas, encore faut-il les remplir.
 

 
Le dossier médical partagé (DMP) est aussi accessible sur un téléphone mobile via une application de l'assurance-maladie.
Depuis que l'assurance-maladie a repris la gestion des dossiers médicaux partagés (DMP) et étendu l'expérimentation menée dans neuf départements, dont le Bas-Rhin, à toute la France, des médecins se montrent sceptiques sur la mise en oeuvre de ce dossier et sur la façon d'organiser les données qui y sont consignées.
Objectifs dépassés

Pour Christophe Lagadec, directeur de la CPAM du Haut-Rhin, « le DMP est encore en phase d'ouverture, même si les objectifs fixés en 2018 ont été dépassés dans notre département ». En effet, la CPAM avait tablé sur l'ouverture de 34 000 DMP fin 2018 et le compte a atteint les 45 000. « En 2019, l'objectif est de 157 000, soit 2000 à 2500 dossiers ouverts chaque mois. » Pour réussir à atteindre ce nouveau cap, mais aussi à remplir les dossiers, la CPAM a défini des priorités. « Nos efforts se portent vers les médecins hospitaliers, indique le directeur. Car les périodes d'hospitalisation sont la principale origine de nombreux documents médicaux. On incite donc les médecins dans les hôpitaux à alimenter les DMP. »

Christophe Lagadec le reconnaît néanmoins : « Il faut convaincre les médecins d'avoir ce réflexe qui n'est pas naturel chez eux. Ils invoquent le manque de temps, qui est souvent une réalité. Mais quand on approfondit les échanges, ils reconnaissent aussi que ce n'est pas dans leur culture. On leur propose de se réserver un moment dans la journée pour alimenter le DMP. Si la volonté est là, on trouve le temps. »
Compatibilité des logiciels

Un autre frein à l'utilisation du DMP par les médecins est la compatibilité de leur logiciel patients. Certains éditeurs l'ont anticipée, d'autres pas. « Du coup, des médecins vont devoir investir dans une adaptation de leur logiciel pour un montant qui peut dépasser ce que propose l'assurance-maladie. On peut donc comprendre qu'ils rechignent à engager cette dépense supplémentaire. » Il faut rappeler que dans le cadre de la ROSP (Rémunération sur objectifs de santé publique) et de la convention médicale entre assurance-maladie et médecins libéraux, une rémunération personnalisée est versée au praticien selon un certain nombre de critères, dont l'utilisation d'un logiciel patients DMP compatible.

L'assurance-maladie n'a pas davantage prévu d'organiser le contenu du DMP. « Nous n'avons pas édicté de règles de classement pour définir des priorités entre les données, poursuit le directeur de la CPAM. Ce n'est pas notre rôle, mais à chaque médecin d'organiser le dossier comme il le souhaite. »
« On ne peut pas imposer au patient d'ouvrir un DMP »

Autre problème : ce n'est pas parce qu'un médecin dispose d'un logiciel DMP compatible qu'il va remplir le dossier de son patient. « En France, on a un système très cloisonné entre la médecine de ville et l'hôpital. Ces professions libérales ne sont pas forcément habituées à partager des informations médicales. De plus, la loi française sur la liberté individuelle est très restrictive. On ne peut pas imposer l'obligation au patient d'ouvrir un DMP et au médecin de l'alimenter. À cela s'ajoute la crainte de voir les données du DMP pillées ou stockées hors de France, voire d'Europe. Mais aujourd'hui, ce risque lié aux données existe déjà. »

Lui se veut résolument optimiste, en privilégiant le côté avantageux du DMP sur ses inconvénients : partage de toutes les informations médicales entre les différents intervenants en santé, réduction des examens doublonnés ou des imageries répétées, meilleure visibilité sur le parcours médical du patient... « On va faire prochainement dans le Haut-Rhin la cartographie des ouvertures de DMP pour savoir qui sont les personnes qui les ouvrent, leur âge et qui sont les médecins qui les alimentent. Nous pourrons aussi cerner les problèmes rencontrés par les médecins pour y remédier. »
Geneviève DAUNE