gilets jaunes - Vives tensions à Strasbourg

Publié dans le panorama le Dimanche 03 février 2019 à 09:05:10

© L'alsace, Dimanche le 03 Février 2019
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gilets jaunes - Vives tensions à Strasbourg
 

 
Globalement pacifique, le cortège a été débordé par une poignée d'éléments violents. Photos DNA/Jean-Christophe Dorn
10 h : place de la République, la journée de mobilisation des gilets jaunes commence par une longue assemblée générale. L'appel à la grève le 5 février est longuement relayé.

12 h 15 : devant le parlement, les participants à l'AG rejoignent de nombreux manifestants, venus de toute l'Alsace, mais aussi de Metz ou de Forbach. Ils sont plus de 2000 rassemblés devant le Parlement européen où les premières tensions avec les forces de l'ordre apparaissent, après l'interpellation d'une personne. Les premières grenades lacrymogènes sont lancées.

13 h 15 : les gilets jaunes arrivent dans le centre-ville. Dans le cortège, des petits groupes sont déjà équipés pour aller au contact des forces de l'ordre. Devant les Galeries Lafayette, puis devant la gare, des nouveaux face-à-face ont lieu avec des policiers, jets de grenades lacrymogènes répondant aux jets de pétard. Après une tentative de blocage de l'autoroute avortée, le cortège traverse de nouveau le centre-ville.

15 h 15 : rue d'Austerlitz un petit groupe de quatre ou cinq jeunes hommes, casqués et masqués, s'attaque à la palissade métallique qui protège un chantier. Ils la font tomber à grands fracas sous les huées. Des gilets jaunes qui défilent après eux remettent tout en place, sous les applaudissements nourris de leurs camarades.

15 h 30 : les gilets jaunes, toujours très nombreux, ont rallié le parc de l'Étoile. Le centre commercial Rivetoile, comme auparavant la Fnac ou les galeries Lafayette, est fermé. Les manifestants tentent une nouvelle fois de rejoindre l'autoroute près du centre administratif. Les forces de l'ordre, invisibles depuis la place de Haguenau, arrivent en nombre. « N'allez pas dans le tunnel ! Vous allez vous prendre des gaz », se préviennent des manifestants. La suite leur donne raison : les grenades lacrymogènes fusent au pied du Centre administratif. Mouvement de foule en larmes. Éloigné, le gros des manifestants appelle à retourner dans le centre, mais d'autres insistent pour monter sur l'autoroute. Une deuxième salve de lacrymos les éloigne. Ils ne sont plus qu'une poignée à persister, tandis que le cortège est déjà prêt à repartir. Une troisième salve finit par faire renoncer les derniers.

16 h 45 : le cortège se dirige vers le centre commercial des Halles. Sur le trajet, une porte est brisée aux galeries Lafayette, mais la majorité des gilets jaunes rabroue les casseurs. Devant les Halles, que des vigiles maintiennent fermées, la tension remonte : alors que le gros des manifestants est en train de quitter la place au cri de « à la gare ! », un petit groupe provoque les gendarmes mobiles qui gardent une entrée latérale. Là aussi les palissades d'un chantier sont démontées, et servent de protection à la dizaine de fauteurs de trouble très remontés qui commence à jeter des projectiles sur les forces de l'ordre. Les tirs de grenades lacrymogènes lézardent le ciel. L'atmosphère est suffocante. La foule recule mais les plus déterminés, masqués, installent de nouvelles barricades sur la place des Halles. Les vitres de l'arrêt de tram cèdent sous les assauts de casseurs. Le tunnel du tramway a été fermé. La place, irrespirable, finit par se vider une heure plus tard.

17 h 40 : On retrouve les manifestants place de la gare, vite suivis par un groupe de casseurs. Ils s'attaquent aux gendarmes mobiles postés sur la place. Lacrymos sans sommation, en nombre.

Rue de la Petite Course, des casseurs cagoulés s'attaquent à une nouvelle palissade de protection de chantier. Nouveaux tirs de lacrymos, dispersion dans les rues adjacentes. La rue du maire Kuss, artère principale d'arrivée piétonne à la gare, est irrespirable.

18 h 30 : Très vite, la situation dégénère aussi dans les rues voisines : le pont National, l'entrée de la Grand-rue, les ruelles qui mènent à la Petite France... Tout le secteur devient à son tour irrespirable. Les seuls rais de lumière dans l'air blanchi viennent de poubelles en flammes. Des pavés sont descellés, des containers de verre sont renversés pour récupérer des bouteilles.

Les gilets jaunes se replient place Saint-Pierre-le-Vieux. Alors que certains soignent leurs yeux rougis, trois jeunes, casque de moto sur la tête et masque en bandoulière, se gaussent de faire leur fête aux policiers. L'un après l'autre, ils sortent de leur sac leurs trouvailles, des restes de grenade venant de la police et surtout plusieurs pavés, qu'ils veulent « recycler sur les keufs... Ils vont voir si la lacrymo, ça nous calme. »

Dans le nuage des lacrymogènes, des jeunes assurent que ça les motive à « ne pas rester pacifistes ».

De moins jeunes s'émeuvent aussi de la situation : « On lâchera rien ! Au contraire la façon dont la police riposte nous encourage à rester », dit un sexagénaire, sous l'approbation de ses amis, venus avec lui de la vallée la Bruche.

Aidée par le plan complexe de cette zone du centre-ville de Strasbourg, la police parvient à disperser les troupes. Des heurts commis par des petits groupes se produisent simultanément dans plusieurs endroits du centre-ville, notamment autour de la place Kléber encore bien fréquentée en cette fin de samedi après-midi. La police procède à des interpellations dans plusieurs endroits du centre.

Place Gutenberg, une équipe médicale venue de Moselle se fait longuement fouiller, dans le calme. Ils ont traité dans la journée, disent-ils, des crises d'asthmes liées aux mouvements de panique, et des blessures sans gravité liées à des tirs de LBD et de grenades de désencerclement.

19 h : Alors que le groupe de gilets jaunes de Schirmeck se met en route pour partir, une dame les interpelle en anglais : « C'est quoi cette manifestation ? » Le groupe de quinquas bredouille, puis le plus assuré répond « C'est les gilets jaunes, une nouvelle expérience de démocratie », laissant la touriste étrangère médusée.
Erwann DUMONT, Céline LIENHARD et Anne-Camille BECKELYNCK